SCÈNE V
.lAaiÀis nous ne goûtons de parfaite alégresse : N'os plus lieureux succès sont mêle's de tristesse;
''■Quoique chez les étrangers, pour qui principalement ces remarques sont faites, on ne soit pas encore parvenu 'a i'art de lier toutes les scènes, cependant y a-t-il un lecteur qui ne soit choqué de voir Chinune s'en aller d'un côté, Ilodrigue de l'autre, et don Dièguc arriver sans les voir?
Observez que quand le cœur a été cmu par les passions des deux premiers personnages , et qu'un troisième vient parler de lui- même, il toucJje peu, surtout quand j| rciriq)t le iil du discours.
Nous venons d'entendre Cliimène dans sa maison : utais où est maintenant don Dic^ue? O n'est pas assuïiiuicju dans celte maison. Le spectateur ne peut se
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Toujours quelques soucis en ces événements
Troublent la pnreté de nos contentements.
Au milieu du bonheur mon ame en sent l'atteinte;
Je nage dans la joie , et je tremble de crainte.
J'ai vu mort l'ennemi qui m'avoit outraî^é;
Et je ne saurois voir la main qui m'a vengé.
En vain je m'y travaille, et d'un soin inutile,
Tout cassé que je suis , je cours toute la ville :
Ce peu que mes vieux ans m'ont laissé de vigueur
Se consume says fruit a chercher ce vainqueur.
A toute heure , en tous lieux, dans une nuit si sombre ,
le pense l'embrasser , et n'embrasse qu'une ombre ;
Et mon amour, déçu par cet objet trompeur,
Se forme des soupçons qui redoublent ma peur.
Je ne découvre point de marques de sa fuite ;
Je crains du comte mort les amis cl la suite ;
Leur nombre m'épouvante et confond ma raison.
Rodrigue ne vit plus, ou respire en prison.
Justes cieux ! me trompé-je encore à l'apparence ,
Ou si je vois enfin mon unifjue espéiance .''
C'est lui, n'en doutcns plus ; mes vœux sont exaucés;
Ma crainte est dissipée , et mes ennuis cessés.
figurer ce qu'il voit ; et c'est là un tri s grand déiaut pour notre nation , qui veut partout de la vraisemblance , de la suite , de la liaison , qui exige que toutes les .scènes soient naturellement amenées les unes par les autres ; mérite inconnu sur tous les autres théâtres , et mérite absolument nécessaire pour la perfection de l'ai