SCÈNE I
CHIMÈÎJE.
IN 'est-ce point un faux bruit? le sais-tu bien,Elvire?*
Vous ne croiriez jamais comme chacun l'aclmire,
Et porte jusqu'au ciel, d'une commune voix,
J'e ce jeune Iktos les glorieux exploits.
Les Maures devant lui n'ont paru qu'à leur honte ;
Leur abord futbien prompt, leur fuite encor plus prompte ;
Trois heures de combat laissent «i nos guerriers
Une victoire entière , et deux rois prisonniers.
La valeur de leur clief ne trouvoit point d'obstacles.
CHIMÈNE
Et la main de Rodrigue a fait tous ces miracles !
ELVIRE
De ses uobles efforts ces deux rois sojit le prix; Sa main les a vaincus , et sa main les a pris.
De qui peux-tu savoir ces nouvelles étranges?
ELVIRE
Du peuple , qui partout fait sonner ses louanges, Le nomme de sa joie et l'objet et l'auteur. Son ange tutélairc , et son libérateur.
LE CID. ACTE IV, SCtJNE I. 55
Et le roi , de quel œil voit-il tant de vaillance ?
ELVinE.
Rodrigue n'ose encor paroître en sa pre'sence ; Mais don Piôgue ravi lui présente enchaînés, Au nom de ce vainqueur , ces captifs couronnes ; Et demande pour grâce à ce généreux prince Qu'il daigne voir la main qui sauve la province.
CHIMÈNE
Mais n'est-il point blessé ?
ELVIRE
Je n'en ai rien appris.
"N'ous changez de couleur ! reprenez vos esprits.
CHIMÈNE
Reprenons donc aussi ma colère affolblie : Pour avoir soin de lui faut^il que je m'oublie ? On le vante , on le loue ; et mo)i cœur y consent ! Mon îionneur est muet, mon devoir impuissant! Silence, mon amour, laisse agir ma colcre; S'il a vaincu deux rois , il a tué mou père ; Ces tristes vêtements oîi je lis mon malheur Sont les premiers elTets qu'ail produits sa valeur ^ Pt quoi qu'on dise ailleurs d'un cœur si magnanime , Ici tous les objets me parlent de son crime.
Vous qui rendez la force li mes ressentiments , Voile, crcpcs, habits, lugubres ornements, Pompe où m'ensevelit sa première victoire, Contre ma passion soutenez bien rna gloire ; Et lorsque mon amour prendra trop de pouvoir, Parlez h mou esprit de mon triste devoir,
Attaquez sans rien craindre une main triomphante.
El. VIRE.
Modérez ces transports , voici venir l'infante.
S c È rs E 11/