ACTE I, SCÈNE II 1. luî
Vous serez toute nôtre ; et votre esprit remis 4 N'aura plus rien à perdre au camp des ennemis.
CAMILLE
J"îorinez-inoi des conseils qui soient plus légilihios , Et ])laignez mes malheurs sans m'ordonner des criii;t# Ouoiqu'à peine à mes maux je puisse résister, J'aime mieux les souffrir que de les mériter.
JULIE
Quoi ! vous appelez crime un change raisonnable ?
CAMILLE
Quoi I le manque de foi vous semble pardonnable?
JULIE
Envers un ennemi qui peut nous obliger ?
CAMILLE
D'un serment solennel qui peut nous dJgagcr?
JULIE
Vous déguisez en vain une chose trop claire. Je vous \is encore hif-r entretenir Valère: Et l'accueil gracieux <ju'il rccevoit de vous Lui permet de nourrir un espoir assez dou\.
CAMILLE
Si je l'entretins hier et lui fis bon visage , ^
N'en imaginez rien qu'à son désavantage ; ^
De mon contentement un autre élolt l'objet.
Mais pour sortir d'erreur sachez-en le sujet;
.'ta garde ù Curiace une amitié trop pure
Pour souffrir plus long-temps qu'on m'estime pai jui e.
Il NOUS souvient qu à jieine on voyoit de sa sœur '
P.'ir un heureux hymen mon frère possesseur,
Quand , pour cun)ble de joie , il obtint de mon père
Que de ses chastes fcuK je seroL^ k; salaire.
io4 HORACE.
Ce jour nous fut propice et funeste à la fois ;
Unissant nos maisons , il désunit nos rois ;
Un même instant conclut notre hvmen et la gueri e ,
Fit naître notre espoir, et le jeta par terre , ^
Ts'ous ôta tout sitôt qu'il nous eut tout promis ;
Et , nous faisant amants , il nous fit ennemis.
Combien nos déplaisirs parurent lors extrêmes î
Combien contre le ciel il vomit de lilasphèmes !
Et combien de ruisseaux coulèrent de mesr veux I
Je ne vous le dis point , vous vîtes nos adieux ;
Vous avez vu depuis les troubles de mon ame :
Vous savez pour la paix quels vœux a faits ma fl.imme ,
Et quels pleurs j\ai versés à chaque événement,
Tantôt pour mon pays , tantôt pour mon amant.
Enfin mon désespoir , parmi ces longs obstacles ,
^l'a fait avoir recours à la voix des oracles.
Écoutez si celui qui me fut hier rendu
Eut droit de rassurer mon esprit éperdu.
Ce Grec si renomané qui depuis tant d'années
Au pied de l'Aventin prédit nos destinées ,
Lui qu'ApoUon jamais n'a fait parler à faux, 0
Me promit par ces vers la fin de mes travaux :
<c Albe et Rome demain prendront une autre face ; ' "
Tes vœux sont exaucés , elles auront la paix ;
Et tu seras unie avec ton Curiace ,
Sans qu'aucun mauvais sort t'en sépare jamais. »
Je pris sur cet oracle une entière assurance ;
Et , comme le succès passoit mon espérance ,
J'abandonnai mon ame à des ravissements
Qui passoicnt les transports des plus heureux amants.
Jugez de leur excès : je rencontrai Yalère,
Et , contre sa coutume , il ne put me déplaire :