‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 93 sur 173 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

SABINE

-l HENONS parti, mon ame, en de telles disgrâces; Soyons femme d'Horace , ou sœur des Curiaces ; Cessons de partager nos inutiles soins ; Souhaitons quelque chose, et craignons un peu moins. Mais , las I quel parti prendre en un sort si contraire ? Quel ennemi choisir, d'un époux, ou d'un frère ? La nature ou l'amour parle pour chacun d'eux , Et la loi du devoir m'attache ù tous les deux. Sur leurs hauts sentiments réglons plutôt les nôtres : Soyons femme de l'un ensemble et sœur des autres Regardons leur honneur comme un souverain bien: Imitons leur constance, et ne craignons plus rien: La mort qui les menace est une mort si belle , Qu'il en faut sans frayeur attendre la nouvelle. N'appelons point alors les destins inhumains; Songeons pour quelle cause, et non par quelles mains j Revoyons les vainqueurs, sans penser qu'a la gloire Que toute leur maison reçoit de leur victoire ; Et, sans considérer aux dcpens de quel sang Leur vertu les élève en cet illustre rang, "'* Faisons nos iDte'rêus de ceux de leur famille : En l'une je suis femme , en l'autre je suis lille ;

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Et tiens à toutes deux par de si forts liens ,

Qu'on ne peut triompher que par les bras des miens.

Fortune, quelques maux que ta ri^^ueur m'envoie,

J'ai trouvé les moyens d'en tirer de la joie,

Et puis voir aujouid hui V: combat sans terreur,

Les morts sans désespoir, les vainqueurs sans horreur.

Flatteuse illusion , erreur douce et grossière , Vain effort de mon ame , impuissante luniiùre , De qui le faux brillant prend droit de m'éblouir , Que tu sais peu durer, et tôt tevanouir ! Pareille h ces éclairs qui dans le foil des ombres ^ Poussent un jour qui fuit et rend les nuits plus sombres, 'lu n'as frappé mes yeux d'un n:oment de clarté Que pour les abîmer dans plus d'obscurité. Tu channois trop ma peine ; et le ciel , qui s en fâche. Me vend déjà bien cher ce moment de relâche. .1 e sens mon triste cœur percé de tous les coups Oui m'ôtent maintenant un frère, ou mon c poux. Quand je songe à k-or mort, quoi que je me propose, Je songe par quels bras , et non pour quelle cause, Et ne vois les vainqueurs en leur illustre rang. Que pour considérer aux dé])ens de quel sang. La maison des vaincus touche seule mou ame; En l'une je suis fille , en l'autre je suis femme ; Et tiens à toutes deux par de si forts liens , Qu'on ne peut liiumpher que par la mort des miens. C'est donc là cette paix que j'ai tant souhaitée I Trop favorables dieux , vous m'avez écoutée î Quels foudres lancez-vous quand vous vous irritez, ^ Si même vos faveurs ont tant de cruautés ? Et de quelle façon punisse/.-vous l'ofiènse. Si vous traitez ainsi les vœux de 1 innocence ?

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