‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 94 sur 173 · SABINE, J U L I E · texte numérisé non relu

SABINE, J U L I E

SABINE

Es est-ce fait , Julie ? et qiie m'apportez- vous ? '

Est-ce la mort d'un frère, ou celle d'uu époux?

Le funeste succès de leurs armes impies

De tous les combattante a-t-il fiut des hosties? '■'•

Et, m'euviant l'iiorreur que jaurois des vainqueurs,

Pour tous tant qu'ils étoient demande-t-il mes pleurs ?

JULIE

Quoi ! ce qui s'est passé , vous l'ignorez encore ?

SABINE

Vous faut-il étonner de ce que je l'ignore ? Et ne savez-vous point que de cette maison Pour Camille et pour moi l'on fait une prison .' Julie , on nous renferme , on a peur de nos larmes ; Sans cela nous serions au milieu de leurs armes, Et , par les désespoirs d'une chaste amitié, ^ ISous aurions des deux camps tiré quelque pitié.

JULIE

U n'étoit pas besoin d'un si tendre spectacle ; Leur vue à leur comhat apporte assez d'obstacle. Sitôt qu'ils ont piiru prêts ù se mesurer, On a dans les deux camps entendu murmurer: A voir de tels amis, des persotuies si proclies. Venir jjoiu- leur pairie aux mortelles apj)roehcs, L'un s'émeut de pitié, l'autre est saisi d horreur, L'autie d'un hi grand zèle admire la fureur j

i3o HORACE.

Tel porte jusqu'aux deux leur vertu sans égale ,

Et tel l'ose nommer sacrilège et brutale.

Ces divers sentiments n'ont pourtant qu'une voix;

Tous accusent leurs cLefs, tou. détectent leurs choix ;

Et ne pouvant souffiir un combat si ijarijare ,

On s'écrie , on s'avance , enfin on les stjpare.

SABINE

Que je vous dois d'encens, grands dieux, qui m'exaucez!

JULIE

Vous n'êtes pas , Sabine , encore où vous pensez : Vous pouvez espérer, vous avez moins à craindre ; Mais il vous reste encore assez de quoi vous plaindre. Eu vain d'un sort si triste on les veut garantir ; Ces cruels généreux n'y peuvent consentir : I^a gloire de ce choix leur est si précieuse, Et charme tellement leur ame ambitieuse, Qu'alors qu'on les déplore ils s'estiment heureux, Et prennent pour affiont la pitié qu'on a d'eux. Le trouble des deux camps souille leur renommée. Ils combalti-ont plutôt et l'une et l'autre année , 4 Et mourront par les mains (jui leur font d'autres lois , Que pas un d eux renonce aux honneurs d'un tel choix.

SABINE

Quoi ! dans leur dureté ces cœurs d'acier s'obstinent ?

JULIE

Oui ; mais d'autre côté les deux camps se mutinent ; Et leurs cris des deux parts poussées en même temps Demandent la bataille, ou d'autres combattants. La présence des chefs à peine est respectée; Leur pouvoir est douteux , leur voix mal écoutée ;

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