GIORGIO BARBARELLI, DIT IL GIORGIONE
ample qui se marie heureusement avec la grâce et qui est nécessaire h ces puissants coloristes. Le dessin serré des Florentins gênerait les effets de leur palette : leur couleur dévore les contours.
Si maintenant on nous demande pourquoi les deux jeunes hommes sont vêtus, nous en donnerons pour raison les tons éclatants de leurs costumes; pourquoi les deux femmes le sont si peu, c'est que Giorgione excelle à peindre ces carnations chaudes d'un blond roux, cette morbidesse attendrie et vivante, ces courbes douces et molles d'un corps modelé en pleine lumière. Si ces personnages sont assis sur l'herbe et non loin d'ombrages verdoyants, c'est que les fonds verts sont d'un heureux effet. Enfin le peintre les a mis en pleine campagne uniquement pour qu'ils fussent mieux éclairés et que l'air se fît sentir autour d'eux.
Quel rapport y a-t-il entre le titre et les figures? Quelle relation entre les deux seigneurs vénitiens et les nymphes des bois? Qu'estce qui les rassemble? Rien sans doute, si ce n'est le cadre qui borde le tableau. Une nymphe tient une flûte à la main, un gentilhomme tient un luth, pour justifier la dénomination du tableau, parce qu'un titre est nécessaire et que : Concert champêtre en peut tenir lieu tout comme autre chose ; mais les instruments sont muets et les jeunes seigneurs n'ont point pris garde aux déesses des forêts; ils ne les ont point vues, ils ne les verront pas.
Ce tableau faisait partie du cabinet de Charles V% roi d'Angleterre, et fut vendu à Louis XIV par le banquier Jabach.
CONCEr.T CIIAMTÈTRE.
OF THE UNIVERSITY OF ILLINOIS
TIZIANO VECELLI, dit LE TITIEN
LA MISE AU TOMBEAU
(N° 446 du Catalogue.)
Parmi tant de chefs-d'œuvre que nous a laissés le Titien, la Mise au tombeau est l'un des plus merveilleux. On y trouve réunies toutes les qualités de ce grand peintre et que dans d'autres ouvrages, admirables cependant, il ne fit pas toujours marcher d'un pas égal. Le dessin ne le cède pas au coloris ; l'invention est égale à l'exécution.
C'est le Sauveur du monde à qui trois de ses disciples rendent les derniers devoirs et que sa mère et Marie-Madeleine accompagnent jusqu'au tombeau. Il est impossible de mieux rendre l'absence de la vie. Le corps n'a pas encore toute la raideur du cadavre, mais il a bien la pesanteur d'une matière inerte.
L'expression de chaque personnage est d'une étonnante vérité. Le caractère que doit avoir la douleur de saint Jean dans une circonstance semblable a été surtout savamment médité par le peintre. Son maître n'est plus, il ne reste du Sauveur qui l'aimait si tendrement qu'un corps inanimé. En lui rendant les derniers devoirs, il devrait être accablé de son malheur, mais à l'heure de sa mort, le Christ lui a imposé un devoir impérieux ; il lui a confié sa mère. C'est donc vers la Vierge que se porte son attention et, se détournant à