TIZIANO YEGELLI, DIT LE TITIEN
demi, il regarde, avec une compassion et un effroi que partage la pécheresse, la mère des douleurs s'avancer et se pencher vers son fils comme si dans son égarement elle allait se précipiter sur lui. Les deux autres disciples, plus réservés dans leur expression, sont tout entiers à leur funèbre office ; les yeux fixés sur son front décoloré, ils portent le Christ en gémissant vers le sépulcre ouvert. L'un d'eux porte autour du cou une sorte d'écharpe qui doit servir à faire descendre le corps dans le tombeau.
Si l'on ajoute au mérite de la composition et de l'expression la perfection du dessin, dans les têtes surtout; la vérité de la couleur locale; le choix intelhgent du paysage; le bel accord entre toutes les parties du tableau, qui sait tout à la fois flatter notre œil de son harmonie et captiver notre attention, on sera forcé d'avouer que le Titien n'a jamais rien produit de plus parfait.
Nous n'élèverons qu'une critique, relative à la tête du Christ qui n'est pas tout ce qu'on pouvait désirer et qui paraît grossière, rien que parce qu'elle ne l'est pas moins que celles qui l'entourent.
Ce tableau faisait d'abord partie de la collection du duc de Mantoue, et passa ensuite dans celle de Charles I". Acquis à la vente faite après la mort de ce prince par Everard Jabach, banquier de Cologne, au prix de 120 liv. sterl. (3^000 fr.), il fut ensuite acheté par Louis XIY. La même composition se retrouve dans la galerie du palais Manfrin, à Venise; mais cette peinture, malgré sa réputation, est bien inférieure à celle du Louvre. Il en existe à l'Académie des beaux-arts de Vienne une beUe esquisse.
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