‹ Chefs-d'Œuvre de peinture au Musée du Louvre ... Ecole italienneChapitre 59 sur 89 · M3NUS · texte numérisé non relu

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SAINTE-FAMILLE

(N° 74 du Catalogue.)

Il y eut un moment où Palma le Vieux et Bonifazio partagèrent le premier rang avec Titien et formèrent pour ainsi dire le triumvirat de la peinture à Venise. Le temps a mis quelque distance entre les deux premiers peintres elle dernier. Mais si Bonifazio n'est plus assimilé à son illustre compatriote, il suffirait du tableau que nous allons décrire pour lui assurer une très-honorable place auprès de ce grand maître.

La Vierge, assise auprès d'une colonne qui s'élève au milieu d'un paysage, tient debout sur ses genoux l'enfant Jésus, que montre le jeune saint Jean, soutenu par sainte Elisabeth. A droite, saint Joseph, assis, s'appuie sur un bâton ; du côté opposé, la Madeleine présente un vase de parfums à Tenfant Jésus. Devant elle, saint Antoine ermite, assis, ht un hvre qu'il tient sur son genou, et, derrière lui, saint François, debout, portant une petite croix, baisse les yeux vers la terre. On lit sur le piédestal de la colonne : iaot HAOTAH KYPiOY, c'est-à-dire : « voici la servante du seigneur, » paroles que la Vierge prononça au moment de l'annonciation.

Les deux enfants sont peints avec une grâce élevée et naturelle, les têtes ne manquent pas de caractère, et dans toutes ces figures

la nature est serrée de très-près ; les personnages sont fort heureusement groupés ; la symétrie avec laquelle le peintre les a disposés autour de la madone n'est pas assez sensible ni assez uniforme pour que sa préoccupation se fasse sentir, et l'on jouit sans arrièrepensée de l'agréable ordonnance du tableau. L'exécution est solide et corsée, et cependant souple et libre, la couleur avenante et suffisamment harmonieuse, quoique vive et montée ; enfin de l'ensemble se dégage une certaine originalité , résultant d'influences diverses, dont l'accent n'est ni puissant ni fier, mais très-doux et très-agréable.

C'est cependant plutôt aux yeux qu'à l'âme que plaît cette peinture, il y manque quelque chose d'extrêmement important dans une peinture rehgieuse, le sentiment. C'est, il est vrai, un défaut que l'on peut souvent reprocher à la peinture vénitienne, qui est surtout pittoresque et qui souvent sacrifie tout à la beauté de la couleur. Mais nous avons le droit d'être plus sévère, à ce point de vue, pour Bonifazio, qui n'a pas l'une des quahtés maîtresses des grands coloristes, l'entente des tons et des valeurs.

Le ton est la couleur naturelle et propre de chaque objet, la couleur qu'on nomme locale ; la valeur, c'est la somme de clarté et d'obscurité que cette couleur apporte dans le concert général du tableau. Il faut savoir subordonner le ton local au ton général, faire jouer à chaque couleur son rôle dans la distribution des lumières et des ombres. Bonifazio ne l'a pas bien compris et c'est là ce qui fait son infériorité.

Ce tableau, qui a été longtemps attribué à Palma le Vieux et qui est un des plus beaux de son auteur, appartenait au cardinal Mazarin et est estimé 2,000 hvres sur son inventaire. Il fut acheté par Louis XIY aux héritiers du cardinal.

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