‹ Chefs-d'Œuvre de peinture au Musée du Louvre ... Ecole italienneChapitre 62 sur 89 · FRANCESCO MAZZOLA DIT LE PARMESAN · texte numérisé non relu

FRANCESCO MAZZOLA DIT LE PARMESAN

SAINTE-FAMILLE

(N° 2G2 du Catalogue.)

Quand Taii a atteint certains sommets, il lui faut redescendre ; c'est alors que des hauteurs du style sévère, contenu et grand, on passe à la recherche des proportions violentes et des formes élégantes. Le beau tourne au joli, le naturel s'altère et la grâce se manière.

Le Parmesan a personnifié au seizième siècle, du vivant même du Corrége, de Michel-Ange et presque de Raphaël, cette inclinaison à l'élégance qui, chez nous, a été si bien représentée par Jean Goujon. Malgré ses défauts et ses écarts, il tient encore à la famille des grands maîtres et se rattache de près aux trois peintres illustres que nous venons de citer.

Michel-Ange et Raphaël furent les grandes admirations de Mazzola; il les étudia passionnément, mais sans pouvoir se défaire de sa propension naturelle au maniérisme. Il subit aussi profondément l'influence du Corrége, dont l'imitation dans certains de ses tableaux est tout à fait flagrante ; mais ce qu'il a de mieux lui vient plutôt de Michel-Ange. Le Corrége est gracieux, mais ses figures sont courtes et abondamment vêtues de chair, tandis que celles du Parmesan sont longues et le paraissent d'autant plus, qu'il affecte, comme le grand

iU FRANCESCO MAZZOLA, DIT LE PARMESAN.

maître florentin, de leur donner des têtes petites, un col très haut, des mains déliées et fines, des doigts allongés. Tout cela trahit chez le Parmesan l'envie constante de plaire par une certaine aristocratie de formes, qui est plutôt empruntée des idées convenues que tirée de la nature elle-même; Mazzola croyait la savoir par cœur, et de bonne heure il cessa de la consulter. Mais venons à notre tableau.

La scène se passe dans une agréable campagne. La Vierge est assise au pied d'un rocher et sur le bord d'une fontaine. L'Enfanl- Jésus qu'elle tient sur ses genoux, serre tendrement entre ses bras le petit saint Jean, tandis que saint Joseph et sainte Éhsabeth, placés derrière la Vierge, semblent s'entretenir de l'union qui déjà se manifeste entre ces enfants.

Le coloris du Parmesan prête infiniment de charme à cette aimable composition. Il y a beaucoup d'élégance dans le dessin, et quoique, dans cette partie, il soit toujours permis de reprocher un peu de manière à ce peintre, l'on ne peut rien ajouter ici à sa grâce et à sa finesse. Des tableaux du Parmesan que possède le Louvre, celui-ci est le plus précieux et le mieux terminé. On ignore à quelle personne il était destiné. Vasari parle d'une Sainte-Famille à peu près semblable que le Parmesan aurait faite h Rome pour Ludovico Gaddi , tableau remarquable, selon lui, parla grâce, parle coloris, par le caractère aimable des têtes, mais il y place des anges, et il n'en est pas dans celui que nous décrivons. Il se peut que ce tableau soit celui de Gaddi, malgré le détail relatif aux anges; Vasari a parlé de beaucoup de peintures sur ouï-dire et a commis beaucoup d'erreurs.

S Al ME FAMILLE.

Page 1