‹ Chefs-d'Œuvre de peinture au Musée du Louvre ... Ecole italienneChapitre 67 sur 89 · J. DA PONTE, DIT JACQUES BASSAN · texte numérisé non relu

J. DA PONTE, DIT JACQUES BASSAN

maître, et chacun a le caractère d'affliction qui lui est propre. Cette funèbre scène est éclairée par une torche dont la lumière se porte sur le corps du Christ et se reflète sur tous les assistants. Cette lumière est si habilement distribuée, qu'elle force Fœil à s'arrêter d'abord sur l'objet principal, et qu'elle semble donner une expression plus sombre et plus lugubre à cette scène d'une poignante vérité.

Le Bassan a peint peu de tableaux de chevalet d'une telle importance. Les figures sont de grandeur naturelle, ce qui se rencontre rarement dans ses tableaux de cabinet. Il est présumable qu'il l'exécuta pour un duc de Bracciano. Ridolfi, dans son histoire des peintres vénitiens, nous l'apprend et fait le plus grand éloge de cette composition. Lépicié n'en parle pas moins avantageusement et nous dit « qu'indépendamment de l'harmonie et de la force du coloris, il réunit une touche et un faire qu'il est aussi difficile d'imiter que de décrire » .

Le Bassan aime les clartés douteuses et possède au plus haut degré le talent de les faire servir à l'harmonie. Si, dans le Christ descendu de la croix ^ il a obtenu un merveilleux effet par l'opposition d'ombres fortes et de vives lumières, il se sert le plus souvent de jours savamment ménagés, de demi-teintes répétées, et, en évitant absolument toute teinte noire, sait accorder d'une façon admirable les couleurs les plus opposées. Dans la dégradation des lumières il fait servir un personnage d'un plan intérieur, comme de fond, pour un personnage d'un plan plus rapproché ; ses figures sont peu éclairées dans leur ensemble, toute la lumière est concentrée aux angles, à l'extrémité des épaules, aux coudes, aux genoux. Pour obtenir cet effet, il emploie un agencement de draperies trèsnaturel en apparence, mais dont l'artifice est parfaitement combiné pour favoriser son système. Quoique assez bon dessinateur, il passait pour ne pas être habile à faire les extrémités. On dirait même que, dans la Déposition de la croix ^ il a cherché à éviter le plus possible d'avoir à en peindre ; bon nombre de ses tableaux sont ainsi en largeur, et ne renferment guère que des figures peintes à mi-corps.

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