LE CHRIST DESCENDU DE LA CROIX
(N» 300 du Catalogue.)
Le Bassan est peut-être le plus \igoureux coloriste de l'École vénitienne, mais sa gloire n'a pas été égale au mérite de ses ouvrages. Il travaillait, poussé par le besoin, avec une extrême rapidité, et restait pauvre ; sa fécondité même maintenait à un chiffre très-modique le prix de ses tableaux. Il en envoyait quelquefois un grand nombre au marché de Venise, pour y être vendus, à peu près comme on envoie des légumes à la halle. Cette extrême facihté n'enlevait rien cependant au mérite de ses peintures, comme nous allons l'apercevoir en étudiant sa Déposition de la croix; il est vrai que nous avons là un de ses plus précieux ouvrages, qu'il a dû peindre avec un soin parlicuHer, et moins rapidement sans doute qu'il n'avait coutume.
La composition est tout à la fois grande et dramatique, et l'effet d'une vigueur et d'une vérité étonnantes. Jacopo Bassano a représenté l'instant où le Sauveur du monde vient d'être détaché de la croix et descendu au pied de l'échelle; il est entouré de sa mère, des saintes femmes, de saint Jean et de Joseph d'Arimathie ; celuici commence déjà à lui envelopper les épaules avec le hnceul qui doit servir à Tensevehr. Tous les autres personnages considèrent, avec les signes de la plus profonde douleur, les restes inanimés de leur