‹ Chefs-d'Œuvre de peinture au Musée du Louvre ... Ecole italienneChapitre 69 sur 89 · JACOPO ROBUSTI, DIT LE TINTORET · texte numérisé non relu

JACOPO ROBUSTI, DIT LE TINTORET

il s'entoura en outre de bas- reliefs et de statues antiques. Souvent il dessinait ses modèles à la lumière d'une lampe, afin d'en obtenir des ombres plus fortement prononcées et d'apprendre ainsi à donner de la vigueur à son clair-obscur. Il formait aussi pour le même but des modèles en cire ou en argile, et après les avoir vêtus avec soin, il les disposait dans de petites maisons faites de carton ou de bois, et plaçait aux fenêtres de petites lumières pour en régler les ombres. 11 suspendait ces mêmes modèles au plancher, et, les plaçant au moyen de plusieurs fils dans des attitudes diverses, il les dessinait de différents points de vue, pour acquérir la connaissance de la perspective de bas en haut, qui n'était point aussi familière à son École qu'à l'École lombarde. En même temps, il ne négligeait point l'anatomie, afin de s'instruire à fond du jeu des muscles et de la structure du corps humain ; enfin il dessinait le nu autant qu'il le pouvait, en cherchant des raccourcis et des mouvements divers, pour pouvoir donner à ses compositions autant de variété qu'en offre la nature. C'est par ces études approfondies que, selon Lanzi, il tempérait une fougue d'inspiration et une furie d'exécution qu'aucun artiste n'a surpassées. Son extrême facihté a été l'écueil de son géuie; on ne peut le louer sans restriction. « Ce fut un maître de premier ordre, » nous dit le président de Brosses, « quand il a pu ordonner sans furie, dessiner sans rudesse et colorier sans noirceur. » Coloriste parfois merveilleux, comme il le fut dans le Miracle de saint Marc ^ son chef-d'œuvre, il eut cependant une prédilection marquée pour le dessin. Sa science acquise et son extrême facilité à s'en souvenir ne l'empêchaient pas de consulter à chaque instant la nature, et malgré l'ardeur d'un tempérament qui paraissait indisciphnable, il sut jusqu'au bout s'assujettir à l'observation des formes et au respect de la vérité, et sacrifier le détail à l'ensemble.

POr.TUAIT DU TI^TO^.I•;T.

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