‹ Chefs-d'Œuvre de peinture au Musée du Louvre ... Ecole italienneChapitre 70 sur 89 · LIBRARY · texte numérisé non relu

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SAINTE FAMILLE

(N" 94 du Catalogue.)

Nous arrivons aux tableaux de Véronèse, c'est-à-dire au triomphe de la peinture décorative. Jamais peintre n'a créé de pareilles fêtes pour les yeux, de spectacles plus riches, plus éblouissants, plus magnifiques; jamais la couleur n'a montré d'aussi éclatantes, d'aussi imposantes harmonies. Les œuvres de cet enchanteur sont pleines de merveilles et de féeries, il bâtit des palais immenses et prolonge sous le ciel bleu des colonnades fantastiques ; les fleurs s'y suspendent en guirlandes; l'or brille de toutes parts ; les vins précieux coulent des flacons ciselés ; les fruits rares tentent le regard ; des pages, des nains, des enfants, de grands lévriers, jouent sur les marches des escaliers de marbre; les dames illustres, les saintes vénérées, les beautés célèbres, princes de la terre, hommes de génie, personnages du Nouveau Testament, saints de la légende, se pressent sous les portiques en costumes somptueux; et partout brillent, chatoient et resplendissent les velours, les brocarts, les camelots opulents, les étoffes tissées d'or et d'argent, les bijoux, les pierres précieuses, tout ce qui peut éblouir et charmer.

Nous ne pouvons nous attendre de la part de ce peintre, qui est tout à la surface et n'a d'autre but que de surprendre et charmer

les ycnx, nous ne pouvons nous allendre à une observation trèscurieuse des convenances historiques. Dans notre Sainte famille d'ailleurs^ sujet de pure convention, Paul Yéronèse pouvait oublier le modeste intérieur de la Vierge et suspendre des rideaux de \elours et de soie à un lit d'apparat, orner le vestibule de colonnes cannelées et montrer la campagne à travers les balustres d'une terrasse.

Dans ce riche décor, la Vierge tient sur ses genoux l'enfant Jésus, et l'offre à Tadoration d'une religieuse bénédictine. Marie- Madeleine soulève la main du divin enfant pour la donner à baiser à cette religieuse que saint Joseph présente h son fils. Derrière la Vierge, sainte EHsabeth tresse nne couronne de fleurs.

Ce tableau est en état de parfaite conservation, le coloris est encore d'une fraîcheur parfaite. Cela tient à l'habitude qu'avait le peintre de faire des fonds clairs et d'employer le plus possible des teintes vierges. La vivacité des couleurs qu'on admire dans cette peinture vient de la promptitude du travail, elles ont été apphquées rapidement et d'un seul coup, et sont ainsi demeurées dans toute leur franchise et leur netteté. Un peintre qui recommence plusieurs fois et avec hésitation ne peut conserver de fraîcheur à ses teintes. Véronèse, d'autre part, paraît s'être plus occupé de faire briller ses tons en les accordant, qu'à faire appel au sentiment rehgieux. Si l'enfant Jésus est parfait, c'est que la grâce riante, que Caliari savait donner aux figures d'enfant, suffit à l'enfant prédestiné; mais les autres personnages, peints, il est vrai, avec beaucoup de noblesse, devraient montrer un peu plus d'émotion. Nous l'avons dit plus haut, Véronèse ne parle qu'à nos yeux, mais il a pour eux des splendeurs que nul autre peintre n'a connues.

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