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LA MORT DE LA VIERGE

(N° 24 du Catalogue.)

Le Caravage a choisi dans l'histoire sacrée un sujet dont les peintres n'ont pas abusé. La Vierge a été représentée de toutes les façons et à tous les moments de sa vie, mais peu d'artistes l'ont montrée à ses derniers instants. Nous ne pourrons donc comparer le tableau du Caravage à aucun tableau analogue, mais cette comparaison n'est pas nécessaire pour que les quahtés et les défauts caractéristiques de cette peinture nous apparaissent. Jamais la reproduction de la nature, prise sur le fait, n'a été rendue avec plus de vérité, plus de vigueur; et il est rare que la vulgarité des types soit plus saillanle et moins en harmonie avec le sujet du tableau. C'est en le voyant que Poussin s'écriait : « Cet homme est né pour la perte de la peinture !»

La Vierge vient d'expirer. Elle est revêtue de ses habits et couchée sur un lit dont une vaste draperie de pourpre forme le ciel. Elle a la main droite posée sur la poitrine, et la gauche étendue sur un coussin. Les apôtres, au nombre de onze, entourent le ht, et leurs diverses expressions, bien senties et habilement variées, témoignent parfaitement des regrets que leur fait éprouver une si grande perte. A côté du ht, mais sur le devant du tableau, une femme

188 M. A. AMERIGHI DA GARAVAGGIO.

est assise. C'est sans doute celle dont l'amitié prêta ses soins tendres et généreux à la Vierge, dans le passage difficile de la vie à la mort. Cette femme est abîmée dans sa douleur, sa tête est penchée sur ses genoux, et elle les mouille de ses larmes.

Cette figure de femme est admirable pour l'expression, et celles des apôtres sont de même fort belles pour le sentiment. Mais la bassesse des types et la vulgarité des gestes et des poses ont longtemps fait oublier les qualités très-réelles de facture et d'expression, la beauté du coloris et la vérité du rendu. Le Dictionnaire de Watelet dit de cette toile, résumant le jugement du dix-septième siècle : « On y trouva une belle conduite d'ombres et de lumières, une rondeur et une force merveilleuses, mais la figure delà Vierge parut ignoble; on crut voir une femme noyée, et l'on trouva le tableau indigne de la majesté du temple... La femme assise, la tête penchée et couverte de sa main, indique, plutôt qu'elle nemontre, une belle expression de douleur; dans plusieurs autres figures la tristesse est basse au heu d'être naturelle. » Il y a bien quelque excuse à faire valoir en faveur du Caravage : les apôtres étaient des pêcheurs, des hommes du peuple, ignorants et grossiers; la Vierge était l'épouse d'un artisan et appartenant à la classe la plus humble. Mais le peintre a oublié la transfiguration que les enseignements du Christ et sa passion, que le Paraclet, surtout, firent subir aux humbles disciples de Jésus, et ce réahsme offense, non-seulement la piété, mais l'histoire sacrée elle-même.

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