LE SOMMEIL DE L'ENFANT - JÉSUS
(N» 120 du Catalogue.)
Un écrivain a judicieusement observé que c'était toujours un préjugé favorable au mérite d'un tableau, lorsqu'il acquérait dans les arts et parmi les connaisseurs une dénomination particulière et qui prévalait sur le titre donné par l'auteur même. Si la beauté d'une peinture consiste dans la justessse de l'expression, dans le grand caractère du dessin, dans la simplicité de la composition, nul tableau ne mérita mieux que celui-ci l'attention du public et la recommandation qui s'attache à la substitution d'un nom populaire à la désignation primitive.
Dans cette composition connue sous le nom du Silence du Carrache, mais que ce peintre avait appelée le Sommeil de Jésus ^ nous voyons la Vierge debout contre une table, sur laquelle dort l'enfant Jésus. Nu et à demi couché sur des langes, le haut de son corps repose sur un coussin blanc et sa tête s'appuie sur l'épaule de sa mère. La Vierge l'enveloppe de son bras gauche et lève l'index de la main droite, pour défendre le sommeil de son fils contre la curiosité du petit saint Jean, qui, la bouche ouverte par un naïf sourire, étend la main pour toucher la jambe du divin enfant.
Rien n'est ravissant comme ce petit tableau ; la scène est char-
^80 ANNIBALE GARRAGCI.
mante, les mouvements, les attitudes, sont d'une grâce et d'un naturel parfaits, toutes ces figures sont peintes avec une rare perfection de dessin, et l'ensemble de la composition se renferme dans des ligues les plus belles, les plus grandes, les plus harmonieuses du monde. La couleur cependant est un peu froide, et si Annibal Carrache s'est quelquefois approché du Corrège, il nous montre ici le coloris qui allait prédominer dans l'École bolonaise.
L'inventaire Bailly attribue ce tableau au Dominiquin, qui, suivant une certaine tradition, l'aurait exécuté d'après un dessin d'Anuibal Carrache.
Des trois Carrache, Annibal est sans contredit le plus remarquable, et il a même souvent, ce qui est rare pour un peintre qui porle son nom, une certaine originalité. C'est là son principal titre à notre estime et ce qui le rend supérieur à ses aînés. Mais il ne faut pas cependant s'exagérer ce mérite. Imbu des doctrines de ses frères, il laissa échapper dans ses meilleurs ouvrages bien des réminiscences de ses études, bien des emprunts, bien des témoiguages d'une déférence un peu servile à l'adresse des maîtres du passé. Il avait fort travaillé son style et il le maintint toujours dans une grande noblesse et une élévation réelle : son exécution est ample et ferme ; le mérite de sa composition, toujours admirablement raisonuée, est des plus remarquables ; il avait poussé très-loin l'étude du nu, et iMengs le mettait au premier rang pour la reproduction des formes viriles. La richesse qu'il a répandue dans ses peintures décoratives est d'un goût excellent et semble, près de la pompe de Lebrun, le luxe d'un grand seigneur auprès de l'ostentation d'un financier enrichi. Nul talent ne fut d'ailleurs plus sage, nulles facultés ne furent mieux pondérées ; son seul défaut ajustement été d'avoir trop de sagesse et trop de mesure.
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GIULIO CESARE PROCCACINI
SAINTE FAMILLE
(N» 305 du Catalogue.)
Procaccini est l'un des plus heureux imitateurs du Corrège, et cette Sainte Famille est l'un de ses tableaux qui peuvent le mieux nous le faire apprécier. Il est au nombre de ceux qui frappent, qui séduisent au premier aspect : on y remarque des formes grandioses, des attitudes hardies, un style élevé, des idées agréables, un coloris qui ne manque ni de vigueur ni d'harmonie. Mais les défauts égalent les beautés : le peintre est tombé dans l'affectation, dans la manière, et le juge le moins sévère ne saurait pardonner à un artiste doué d'un vrai talent une erreur de cette nature.
Les défauts sont faciles à saisir. L'action est double : d'un côté, l'enfant Jésus tourne tendrement ses regards vers sainte Catherine qui se penche vers lui ; d'un autre côté, la Vierge regarde saint Jean- Baptiste qui tient un agneau et semble le présenter au Sauveur. Nous pourrions dire que l'action est triple, car saint François, placé sur la gauche, fait la lecture, sans paraître s'occuper des personnages divins qui sont auprès de lui.
La pose de la Vierge est noble, grande, bien conçue, mais le sentiment exprimé par l'enfant Jésus est invraisemblable ; en voulant lutter en cela contre le Corrège, l'artiste a outrepassé les
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limites oii son maître se renferme toujours. Eu outre, les mains de la Vierge sont mal dessinées. La figure de sainte Catherine a de la grâce, il y a de l'élégance dans son ajustement ; le coloris est frais, tendre, brillant, et rappelle à quelques égards celui du Corrège; mais nous pourrions remarquer de la raideur et de la sécheresse dans le bras. Quelques parties de draperies sont de bon goût, d'autres présentent des détails minutieux. On reconnaît en tout que le peintre ne consulta pas le modèle, et qu'il composa son tableau avec d'autres tableaux. C'est ainsi qu'en étudiant la nature daus les ouvrages des autres peintres, en négligeant de remonter à la source du beau, il demeura inférieur, et au modèle éternel de l'art et aux guides qu'il s'était choisis.
Sans être un élève des Carraclie, il suivit leur méthode et copia tout à la fois le Titien, Raphaël, Michel- Ange, plus spécialement le Tintoret, et plus particulièrement encore le Corrège, pour lequel il avait une prédilection marquée. On prétend même que certains de ses tableaux ont été attribués à ce grand peintre. Celui que nous venons d'étudier et qui passa dans la collection de Louis XIV, après avoir été exécuté pour l'archevêque de Milan, était regardé, du vivant de Tauteur, comme celui oia il avait le mieux imité la manière du grand peintre lombard. On lui en faisait un grand mérite, et ce mérite il le conserve, mais c'est peu pour le renom dont il jouissait. Couvert de gloire pendant sa vie, il est, par la postérité, placé parmi les imitateurs.
SAINTE l'AJIILl.E
LIBRARY UNIVERSITY OF ILLINOIS
M. A. AMERIGHI DA CARAVAGGIO