‹ Chefs-d'Œuvre de peinture au Musée du Louvre ... Ecole italienneChapitre 88 sur 89 · MARIAGE DE SAINTE CATHERINE · texte numérisé non relu

MARIAGE DE SAINTE CATHERINE

(N» 255 du Catalogue.)

Les Vierges furent longtemps les seuls sujets que traita Carlo Maratta. Ses ennemis en prenaient occasion de ravaler son génie, qui, selon eux, ne pouvait s'élever à des sujets plus importants, et ils lui donnaient par dérision le nom de Garluccio délie Madone. Ce n'était pas cependant qu'il ne pût embrasser des sujets et exécuter des tableaux plus considérables, et il le prouva dans la suite ;mais alors le Bernin, dont il n'était pas aimé, disposait à Rome de tous les ouvrages d'art, et Carlo Maratta fut nombre d'années avant d'être employé par lui.

La vie de sainte Catherine d'Alexandrie a été écrite par Pierre de Natalibus, évêque de Jasolo. Pour entendre le titre de Mariage de sainte Catherine^ que l'on a donné au tableau que nous présentons ici, il faut savoir que cette vierge et martyre, suivant la version du légendaire que nous venons de citer, eut avant son baptême une vision mystérieuse. La sainte Vierge, tenant l'enfant Jésus, lui apparut, priant son fils de choisir Catherine pour une de ses fidèles servantes, et delà mettre au rang de ses plus chères épouses ; l'enfant Jésus repoussa la proposition avec horreur, en alléguant qu'elle n'avait point encore été régénérée par les eaux du baptême. Cathe-

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rine à sou réveil se fit baptiser et eut bientôt une seconde vision. Jésus-Christ lui apparut, et en présence de la sainte Vierge l'admit non-seulement parmi ses servantes, mais encore au nombre de ses épouses. Quand elle se réveilla, elle trouva à l'un de ses doigts un anneau mystérieux. Tel est le récit que nous empruntons de l'historien de sainte Catherine d'Alexandrie.

Le peintre, qui paraît avoir puisé à cette source le sujet de son tableau, a représenté cette vierge aux pieds de la Mère de Dieu, qui tient sur ses genoux l'enfant Jésus ; elle avance vers lui sa main droite, et l'enfant se dispose à lui mettre au doigt l'anneau nuptial. Des anges, des chérubins, assistent à cette cérémonie qui se passe sur des nuages. Aux pieds de la sainte on aperçoit la palme des martyrs, et un fragment de la roue armée de dents de fer, que l'empereur Maximien Yalère avait inventée, dit-on, pour le supphce des chrétiens et qui se brisa lorsqu'on voulut en faire usage pour sainte Catherine. Le peintre a coiffé cette sainte d'un diadème, pour indiquer qu'elle était d'extraction royale.

Tel est ce tableau, qui ne paraît pas être du temps où Carlo Maratta était réduit par les préventions du Bernin à ne peindre que des sujets religieux. 11 est évidemment de sa vieillesse. Le dessin est mou, les draperies sont lourdes et mal agencées, les têtes ont peu d'expression ; il y a cependant de la grâce dans la pose de sainte Catherine, et les trois figures principales sont admirablement groupées. Quant à la couleur, elle est harmonieuse, et, quoiqu'elle soit devenue grise comme dans la plupart des tableaux que le peintre exécuta dans sa vieillesse, elle a encore quelque chose de ce ton argentin que l'on admire dans les ouvrages de sa maturité, au temps où son talent était dans toute sa plénitude.

Carlo Maratta fut un peintre considérable dans une époque de pleine décadence ; ses œuvres nous donnent les plus brillants spécimens de la peinture ilahenne au dix-septième siècle, qui n'est point telle, il est vrai, qu'on doive en multiplier les exemples : nous fermerons donc ici notre galerie.

A •. PAQUIER.06L

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TàBLE CHRONOLOGIQUE

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