ACTE V, SCÈNE VI
DON FERNAND
Chimène, sors d’erreur, ton amant n’est pas moït Et don Sanche vaincu t’a tait un faux rapport.
DON SANCHE
Sire, un peu trop d’ardeur malgré moi l’a déçue :
Je venais du combat lui raconter l’issue.
Ce généreux guerrier, dont son cœur est charmé,
« Ne crains rien (m’a-t-il dit, quand il m’a désarmé) î Je laisserais plutôt la victoire incertaine Que de répandre un sang hasardé pour Chimène : Mais, puisque mon devoir m’appelle auprès du roi,
Va de notre combat l’entretenir pour moi,
De la part du vainqueur lui porter ton épée. »
Sire, j’y suis venu : cet objet l’a trompée;
Elle m’a cru vainqueur, me voyant de retour,
Et soudain sa colère a trahi son amour Avec tant de transport et tant d’impatience Que je n’ai pu gagner un moment d’audience.
Pour moi, bien que vaincu, je me réputé heureux:
Et, malgré l’intérêt de mon cœur amoureux,
Perdant infiniment, j’aime encor ma défaite,
Qui fait le beau succès d’une amour si parfaite.
DON FERNAND
Ma fille, il ne faut point rougir d’un si beau feu,
Ni chercher les moyens d’en faire un désaveu ;
Une louable honte en vain t’en sollicite ;
Ta gloire est dégagée et ton devoir est quitte;
Ton père est satisfait, et c’était le venger Que mettre tant de fois ton Rodrigue en danger.
LE CID
Ta vois comme le ciel autrement en dispose.
Ayant tant fait pour lui. fais pour toi quelque chose, Et ne sois point rebelle à mon commandement Qui te donne un époux aimé si chèrement.