‹ Chefs-d'œuvre de Pierre CorneilleChapitre 71 sur 117 · CURIACE, CAMILLE, JULIE · texte numérisé non relu

CURIACE, CAMILLE, JULIE

CURIACE

N’en doutez point, Camille, et revoyez un homme Qui n’est ni le vainqueur ni l’esclave de Rome ; Cessez d’appréhender de voir rougir mes mains Du poids honteux des fers ou du sang des Romains. J’ai cru que vous aimiez assez Rome et la gloire Pour mépriser ma chaîne et haïr ma victoire ;

Et, comme également en cette extrémité Je craignais la victoire et la captivité...

CAMILLE

Curiace, il suffit, je devine le reste :

Tu fuis une bataille à tes vœux si funeste,

Et ton cœur, tout à moi, pour ne me perdre pas. Dérobe à ton pays le secours de ton bras.

Qu’un autre considère ici ta renommée Et te blâme, s’il veut, de m’avoir trop aimée.

Ce n’est point à Camille à t’en mésestimer;

Plus ton amour paraît, plus elle doit t’aimer :

Et, si tu dois beaucoup aux lieux qui t’ont vu naître? Plus tu quittes pour moi, plus tu le fais paraître.

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