‹ Chefs-d'œuvre de Pierre CorneilleChapitre 70 sur 117 · ACTE T, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE T, SCÈNE II

Tout ce que je voyais me semblait Curiace ;

Tout ce qu’on me disait me parlait de ses feux : Tout ce que je disais l'assurait de mes vœux.

Le combat général aujourd’hui se hasarde ;

J’en sus hier la nouvelle, et je n’y pris pas gartb ; Mon esprit rejetait ces funestes objets,

Charmé des doux pensers d’hymen et de la paix.

La nuit a dissipé des erreurs si charmantes;

Mille songes affreux, mille images sanglantes,

Ou plutôt mille amas de carnage et d’horreur,

M’ont arraché ma joie et rendu ma terreur,

J’ai vu du sang, des morts, et n’ai rien vu de suite Un spectre en paraissant prenait soudain la fuite ;

Ils s’effaçaient l’un l’autre ; et chaque illusion Redoublait mon effroi par sa confusion.

JULIE

C’est en contraire sens qu’un songe s’interprète.

CAMILLE

Je le dois croire ainsi, puisque je le souhaite,

Mais je me trouve enfin, malgré tous mes souhaits, Au jour d’une bataille, et non pas d’une paix.

JULIE

Par là finit la guerre, et la paix lui succède.

CAMILLE

Dure à jamais ce mal, s’il y faut ce remède!

Soit que Rome y succombe ou qu’Albe ait le dessot;?

HORACE

Cher amant, n’attends plus d’ètre un jour mon époux ; Jamais, jamais ce nom ne sera pour un homme Qui soit ou le vainqueur ou l’esclave de Rome.

Mais quel objet nouveau se présente en ces lieux ? Est-ce toi, Curiace ? en croirai-je mes yeux ?

Page 1