‹ Chefs-d'œuvre de Pierre CorneilleChapitre 73 sur 117 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Mais, sans indignité pour des guerriers si braves,

Qu’ils deviennent sujets sans devenir esclaves,

Sans honte, sans tribut, et sans autre rigueur Que de suivre en tous lieux les drapeaux du vainqueur. Ainsi nos deux Etats ne feront qu’un empire. »

Il semble qu’à ces mots notre discorde expire :

Chacun, jetant les yeux dans un rang ennemi,

Reconnaît un beau-frère, un cousin, un ami;

Ils s’étonnent comment leurs mains, de sang avides, Volaient, sans y penser, à tant de parricides,

Et font paraître un front couvert tout à la fois D’horreur pour la bataille et d’ardeur pour ce choix.

Enfin l’offre s’accepte, et la paix désirée Sous ces conditions est aussitôt jurée :

Trois combattront pour tous ; mais, pour les mieux choisi?. Nos chefs ont voulu prendre un peu plus de loisir ;

Le vôtre est au sénat, le nôtre dans sa tente.

CAMILLE

O dieux ! que ce discours rend mon âme contente !

CURIACE

Dans deux heures au plus, par un commun accord,

Le sort de nos guerriers réglera notre sort.

Cependant tout est libre, attendant qu’on les nomme : Rome est dans notre camp, et notre camp dans Rome : D’un et d’autre côté, l’accès étant permis,

Chacun va renouer avec ses vieux amis.

Pour moi, ma passion m’a fait suivre vos frères,

Et mes désirs ont eu des succès si prospères,

Que l’auteur de vos jours m’a promis à demain Le bonheur sans pareil de vous donner la main.

Vous ne deviendrez pas rebelle à sa puissance ?

HORACE

CAMILLE

Le devoir d’une fille est dans l’obéissance.

CURIACE

Venez donc recevoir ce doux commandement Qui doit mettre le comble à mon contentement.

CAMILLE

Je vais suivre vos pas, mais pour revoir mes frères Et savoir d’eux encor la fin de nos misères.

JULIE

Allez, et cependant au pied de nos autels J’irai rendre pour vous grâces aux immortels.

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