HORACE, CURIACE
CURTAGE
Ainsf, Rome n’a point séparé son estime;
Elle eût cru faire ailleurs un ehoix illégitime.
Cette superbe ville, en vos frères et vous,
Trouve les trois guerriers qu’elle préfère à tous.
Et son illustre ardeur d’oser plus que les autres D’une seule maison brave toutes les nôtres;
Nous croirons, à la voir tout entière en vos mains,
Que hors les fils d’Horace il n’est point de Romains;
Ce choix pouvait combler trois familles de gloire. Consacrer hautement leurs noms à la mémoire.
Oui, l’honneur que reçoit la vôtre par ce choix En pouvait à bon titre immortaliser trois;
Et, puisque c’est chez vous que mon heur et ma flamme M’ont fait placer ma sœur et choisir une femme,
Ce que je vais vous être et ce que je vous suis Me font y prendre part autant que je le puis.
Mais un autre intérêt tient ma joie en contrainte Et parmi ses douceurs mêle beaucoup de crainte.
La guerre en tel éclat a mis votre valeur
HORACE
Que je tremble pour Albe et prévois son malheur.
Puisque vous combattez, sa perte est assurée;
En vous faisant nommer, le destin l’a jurée.
Je vois trop dans ce choix ses funestes projets Et me compte déjà pour un de vos sujets.
HORACE
Loin de trembler pour Albe, il vous faut plaindre Rome., Voyant ceux qu’elle oublie et les trois qu’elle nomme.
C’est un aveuglement pour elle bien fatal D’avoir tant à choisir et de choisir si mal.
Mille de ses enfants beaucoup plus dignes d’elle Pouvaient bien mieux que nous soutenir sa querelle.
Mais, quoique ce combat me promette un cercueil,
La gloire de ce choix m’enfle d’un juste orgueil;
Mon esprit en conçoit une mâle assurance;
J’ose espérer beaucoup de mon peu de vaillance ;
Et, du sort envieux quels que soient les projets,
Je ne me compte point pour un de vos sujets.
Rome a trop cru de moi ; mais mon âme ravie Remplira son attente ou quittera la vie.
Qui veut mourir ou vaincre est vaincu rarement :
Ce noble désespoir périt malaisément.
Rome, quoi qu’il en soit, ne sera point sujette Que mes derniers soupirs n’assurent ma défaite.
CURIACE
Hélas ! c’est bien ici que je dois être plaint.
Ce que veut mon pays, mon amitié le craint.
Dures extrémités, de voir Albe asservie Ou sa victoire au prix d’une si chère vie,
Et que l’unique bien où tendent ses désirs