‹ Chefs-d'œuvre de Pierre CorneilleChapitre 78 sur 117 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Sur ceux dont notre guerre a consumé la vie,

Sans souhait toutefois de pouvoir reculer Ce triste et fier honneur m’émeut sans m’ébranler. J’aime ce qu’il me donne, et je crains ce qu’il m’ôte. Et, si Rome demande une vertu plus haute,

Je rends grâces aux dieux de n’être pas Romain, Pour conserver encor quelque chose d’humain.

HORACE

Sï vous n’êtes Romain, soyez digne de l’être,

Et si vous m’égalez, faites-le mieux paraître.

La solide vertu dont je fais vanité N’admet point de faiblesse avec sa fermeté,

Et c’est mal de l’honneur entrer dans la carrière Que dès le premier pas regarder en arrière,

Notre malheur est grand, il est au plus haut point; Je l’envisage entier, mais je n’en frémis point.

Contre qui que ce soit que mon pays m’emploie, J’accepte aveuglément cette gloire avec joie ;

Celle de recevoir de tels commandements Doit étouffer en nous tous autres sentiments.

Qui, près de le servir, considère autre chose A faire ce qu’il doit, lâchement se dispose.

Ce droit saint et sacré rompt tout autre lien.

Rome a choisi mon bras, je n’examine rien.

Avec une allégresse aussi pleine et sincère Que j’épousai la sœur, je combattrai le frère;

Et, pour trancher enfin ces discours superflus,

Albe vous a nommé, je ne vous connais plus.

GURIACE

Je vous connais encore, et c’est ce qui me tue;

HORACE

Mais cette âpre vertu ne m’était pas connue;

Comme notre malheur, elle est au plus point : Souffrez que je l’admire et ne l’imite point.

HORACE

Non, non, n’embrassez pas de vertu par contrainte. Et puisque vous trouvez plus de charme à la plainte. En toute liberté goûtez un bien si doux.

Voici venir ma sœur pour se plaindre avec vous.

Jb vais revoir la vôtre et résoudre son âme A se bien souvenir qu’elle est toujours ma femme,

A vous aimer encor si je meurs par vos mains Et prendre en son malheur des sentiments romains.

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