ACTE m, SCÈNE IV
Pour aimer un mari, l’on ne hait pas ses frères;
La nature en tout temps garde ses premiers droits ;
Aux dépens de leur vie on ne fait point de choix;
Aussi bien qu’un époux ils sont d’autres nous-mêmes; Et tous maux sont pareils alors qu’ils sont extrêmes ; Mais l’amant qui vous charme et pour qui vous brûlez Ne vous est, après tout, que ce que vous voulez ;
Une mauvaise humeur, un peu de jalousie,
En fait assez souvent passer la fantaisie.
Ce que peut le caprice, osez-le par raison,
Et laissez votre sang hors de comparaison :
C’est crime qu’opposer des liens volontaires A ceux que la naissance a rendus nécessaires.
Si donc le ciel s’obstine à nous persécuter,
Seule j’ai tout à craindre, et rien à souhaiter;
Mais pour vous le devoir vous donne, dans vos plaintes. Où porter vos souhaits et terminer vos craintes.
CAMILLE
Je le vois bien, ma sœur, vous n’aimâtes jamais :
Vous ne connaissez point ni l’amour ni ses traits ;
On peut lui résister quand il commence à naître,
Mais non pas le bannir quand il s’est rendu maître.
Et que l’aveu d’un père, engageant notre foi,
A fait de ce tyran un légitime roi :
Il entre avec douceur, mais il règne par force;
Et, quand l’âme une fois a goûte son amorce,
Vouloir ne plus aimer, c’est ce qu’elle ne peut, Puisqu’elle ne peut plus vouloir que ce qu’il veut;
Ses chaînes sont pour nous aussi fortes que belles.
HORACB