ACTE I, SCÈNE II
On eût dit deux canons ' à mitraille chargés Qui vomiraient la mort dans les rangs ravagés ! Aussi vit-on bientôt sur ce champ de carnage Gomme d*un Golgotha l'épouvantable image.
Portant la main à «a poitrine.
Ma blessure... au secours! Ah! je me sens mourir!
Il s'aflaisse dans les bras de Malcolm.
DUNCAN
Cherchez un médecin ! Ne laissez point périr Ce serviteur loyal, de qui le fier langage A le parfum d'honneur qu'exhale le courage.
On emmène le sergen
Mais qui vient là vers nous?
Enire le thane' de Rosse.
MALCOLM
C'est le thane honoré De Rosse.
LENOX
Quel front fier! Quel regard assuré!
D nous porte à coup sûr quelque grande nouvelle.
ROSSE
Que Dieu garde le roi !
* Shakespeare, pour se servir d'une image saisissante, n*a pas recule devant un anachronisme flagrant.
En efifet, la bataille que raconte le sergent eut lieu en 1040, tandis que la poudre ne fut, pour la première fois, employée dans les guerres d'Europe qu'en 1338.
* Thane , titre des chefs ou nobles écossais , investis de fiefis qu'ils tenaient directement des libéralités royales.
DUNCAN
Quel incident t'appelle, Cher thane, auprès de nous? Vraiment, j'adnlire en toi Cet aspect triomphant.
ROSSE
J'accours de Fife', ô roi!
Tu sais depuis quel temps , dans la noble contrée , En nous bravant flottait la bannière exécrée Du chef norwégien : il avait tout l'appui Du thane de Cawdor plus infâme que lui , Et les deux scélérats concertant leurs outrages, Désolaient nos cités , nos champs et nos villages. Mais , en libérateur à notre aide accouru , Macbeth , le fiancé de Bellone , a paru , Fer en main , recouvert de sa terrible armure : L'oppresseur étranger et le traître parjure.
Frappés dans leur orgueil, se sont vu désarmer : Leur déroute est complète, et, pour me résumer, Cawdor, Sire, est captif.
DUNCAN
Quelle heureuse jouméel
ROSSE
La Norwége sera fortement rançonnée :
Déjà son roi Sweno, pressé de recueillir Ses nombreux morts afin de les ensevelir, A versé dans nos mains, le jour de sa défaite,
' Fife, comté maritime d'Ecosse.