ACTE F, SCÈNE
Chère enfant.
Voyant Tenir Polonîut.
Mais c'est bien mon père que je voi?
J'aurai donc de nouveau ces deux grâces extrêmes : Sa bénédiction et ses adieux suprêmes.
Eotre Poloniat.
POLOMIUS, cmtvaenu
Encore ici, Laerte? A bord, traînard, à bord! Le vent gonfle ta voile , et son puissant effort L*aura bientôt tendue. Allons, pars : il estTheure.
ÀTec plat de gravita.
Ma bénédiction sur ta tête demeure.
Emporte, en même temps, ces quelques bons avis',
D'un prix d'autant plus grand qu ils seront mieux suivis :
Garde soigneusement pour toi ce que tu penses ;
En ton esprit toujours pèse les conséquences
De ta moindre action. Montre-toi familier.
Sans devenir vulgaire, encore moins grossier.
Un ami véritable et dont l'épreuve est faite,
Sois fier de voir en lui ta plus noble conquête ;
Mais prends soin que ta main touche à peine la main
D'un compagnon du jour qu'on quitte au lendemain.
Ne t'embarque à plaisir dans aucune querelle ;
Mais, contre toute attaque, agis de façon telle
' Ces conseils sont la reproduction presque textuelle de ceux adressés par lord Burlei^^h, ministre de la reine Elisabeth, à son fils Robert Ceci!,, devenu plus tard comte de Salisbury, dans le livre qu'il écrivit pour lui, intitulé t Préceptes et conseils pour bien ordonner et diriger sa vie,
194 IIAMLET.
Que l*agresseur en garde un prudent souvenir. Prêle Foreilie à tous , sache tout retenir :
N*use que sobrement pour toi de la parole.
Attentif à saisir le moindre mot qui vole.
Retiens tes jugements. Consacre à te vêtir La somme qu'il convient, mais sans jamais mentir
A tes moyens réels : une simple élégance
Est, au surplus, je crois , de très-bon goût en France^
Et distingue d'abord les gens de qualité :
Sans la créer, Tbabit sied à la dignité.
Ne te fais emprunteur ni prêteur : le prêt mine
La bourse et Tamitié; Temprunt, c'est la ruine.
Sois enfin scrupuleux et sévère envers toi.
Et nul ne se plaindra de ton manque de foi :
L'un suit l'autre , aussi vrai qu'au jour la nuit succède.
Accepte ces conseils ; ils te seront en aide
Et peuvent dans la vie assurer ton bonheur.
Sur ce, mon fils , adieu.
Il embrasse Laerie.
LAERTE, s'inclinaot.
Mon père, monseigneur.
Je prends très -humblement congé de vous.
POLONIUS, le congédiant.
Marée Et vent n'attendent point. Adieu.
LAERTE, à Ophclie.
Chère adorée , De ce que je t'ai dit garde le souvenir.