ACTE II, SCÈNE I
POLONIUS, avec iodulçencc.
Ou qu'il jure et se bat; qu il boit, qu*il est coreuur.
BEYNALDO.
Mais on met pour bien moins le déshonneur en cause , Monseigneur.
POLONIUS, vivement.
Tout dépend du ton , non de la chose.
As-tu donc à prouver qu il est un débauché De naissance, abruti pour toujours du péché?
Ce n'est point là, parbleu! ce que j'entends te dire. Mais ces torts de jeunesse , on peut bPen les décrire Comme un mal trop commun , né de la liberté D'un cerveau qui bouillonne et d'un sang indompté , Mais mal qui, de lui-même et quand vient l'âge, cesse.
REYNALDO
Maintenant , monseigneur. . •
POLONIUS , ne l'écoulant pas.
tt Quelle raison expresse « Avez-vous » , diras-tu , « pour en agir ainsi? «
REYNALDO
Justement, je...
POLONIUS
Mon but? Tiens, mon cher, le voici, Et j'estime mon plan simplement infaillible.
Donc, tu fais à mon fils ce procès peu nuisible : Vois ce qu'y répondra ton interlocuteur.
Te fait-il de la tête un signe approbateur?
Déduis-en que notre homme est charmé de t^apprendre
Tout ce que chez Laerte il aura cru surprendre
De tendance aux défauts énumérés par toi :
En effet, je Tentends qui te glisse : «c Je doi ,
« Cher monsieur, digne ami... » — La formule varie
Suivant Tindividu, Thabitude ou l'envie... —
REYNALDO
Ah ! très-bien , monseigneur.
POLONIUS, poursuiyam.
• tt Oui, monsieur, » fera*t-il,
« Je... je... n De mon discours tu m'as coupé le fil... Où diable en étions-nous?... Qu'allais-je donc te dire?
REYNALDO
Vous prétendiez, je crois, avec un Jfin sourire^ Que...
POLONIUS
J'y suis !... u Cher monsieur », dira le délateur, u Je connais le jeune homme. Il est fort amateur M De ceci, de cela; je l'ai surpris à boire ; « Il tire à tout propos l'épée, et s'en fait gloire. » Ou bien encore : « Il joue » ; ou bien : u Tous les matins, M U sort des lieux voués aux amours clandestins. »
D'une Toix triomphante.
Que te semble à présent , Reynaldo , de ma ruse ? Est-elle bien conçue, ou dis si je m'abuse ?
La carpe Vérité s'est prise à l'hameçon.