LE ROI DE LA PIECE
« Telle est bien aujourd'hui ta sincère croyance :
« D'autres pensers un jour en toi prendront naissance.
« Quelque ferme au début que soit la volonté ,
u Brave-t-elle le temps avec impunité ?
« Non ! vert, le fruit résiste encor qu'on le secoue;
« Mûr, il tombe de Tarbre au souffle qui s'y joue.
« Ah ! que de fois le cœur dans son entraînement
« Prononce de ces vœux auxquels bientôt il ment !
M Ce que la passion ardente nous impose ,
M Dès qu'elle s'afFaiblit, est souvent lettre close :
u La douleur et la joie ont beau s'évertuer^
" C'est par leur propre excès qu'on les voit se tuer ;
tt Et plus la joie est grande et plus la douleur vraie ,
(( Mieux la gai té s'attriste et le chagrin s'égaie
« Au plus léger prétexte. En ce monde toujours
u En changeant de foitune on change ses amours :
« Aussi , la question est sans cesse opportune :
u Est-ce l'amour qui suit le char de la fortune,
« Ou bien elle qui court au-devant de l'amour?
u Pourtant, qu'un puissant tombe, et le vide en un jour
a Se fait autour de lui ; mais que l'humble s'élève,
i< D'innombrables amis l'assailliront sans trêve :
» D'où je dois, j'en ai peur, estimer qu'après tout,
u L'amour pour se donner veut la Fortune au bout.
tt L'amitié n'est point autre : à l'homme heureux fidèle,
« A cet homme elle enjoint de n'espérer rien d'elle,,
u S'il devient malheureux et qu'il l'ose invoquer.
« Tout ceci n'a qu'un but, celui de t'indiquer
u Que l'homme et le Destin marchent en sens contraire
« L'homme combat et tend vers ce qu'il voudrait faire ;
« Le Destin se saisit de tous ses vains projets
« Pour les subordonner à ses propres décrets.
«c Aussi , quand tu prétends , pauvre femme éplorée,
« Que ton veuvage aura de tes jours la durée,
u Je dois supposer, moi , qu'à ton premier mari
u Tu ne songeras plus dès qu'il aura péri. »
LA REINE DE LA PIEGE, avec exaltation.
u Oh ! qu'on me voie errer sans abri sur la terre ;