ACTE III, SCÈNE III
Sois humble et soumis, roi! comme un enfant paisible : Ton salut est peut-être à ce prix ! . . .
Il l'affaisse sur le prie-Dieu, comme évanoui. Entre Ilamlct. H A ML ET , reculant de surprise en apercevant le roi.
Dieu ! le roi ! . . .
Il prie!... Oh! c'est Finstant, et sa vie est à moi !
Il lire son épée et fait, menaçant, un ou deux pas vers le rot. Soudain il s'arrête, et,
comme frappé d'une réflexion subite.
Mais il va droit au ciel ! . . . Est-ce alors la vengeance ?
Est-ce accomplir mon œuvre en sa juste exigence?
Quoi ! quand par lui mon père est mort assassiné ,
J'enverrais dans le ciel ce mécréant damné !
Moi, le fils , l'héritier de l'auguste victime.
J'irais récompenser et non punir le crime !...
Il a surpris mon père : il Ta brutalement
Frappé quand ses péchés, loin de tout sacrement,
Éclatants s'étalaient comme en mai la nature ;
Et qui sait, hormis Dieu, quelle était la souillure
Attachée à son front en ce fatal moment.
Et combien doit durer son horrible tourment?...
Est-ce donc me venger que de tuer l'infâme
Quand pour lui la prière , en entrant dans son âme
Et la purifiant, la rend prête au départ?
Dans ta justice, ô Dieu! lui fais-tu cette part?...
Remettant son épée au foarreaa.
Non ! choisis, mon épée, un instant plus propice : Attends que, pris devin, il tombe et s'assoupisse Dans les draps pollués d'un lit incestueux ,
Ou qu'il joue, et qu'il jure, écumant, monstrueux,
N'ayant plus à compter sur la céleste grâce ;
Frappe alors sans pitié ; culbute-le sur place ,
Ses deux talons en Tair ruant contre le ciel ;
Et que, limon pétri dans le sang et le fiel.
Il retourne aux enfers!... Mais ma mère m'appelle...
Tendant un bras menaçant vers le roi.
Va, ce n'est qu'un répit : ta sentence est mortelle
Hamlei sort. Le roi revient peu â peu de son affaissement; il se lève, et fait quelques
pas en chancelant; puis, avec désespoir.
LE ROI
Les mots seuls vont là-haut, la pensée est en bas. Et les mots sans pensée au ciel n'arrivent pas !
U sort.