‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 176 sur 238 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

Sois humble et soumis, roi! comme un enfant paisible : Ton salut est peut-être à ce prix ! . . .

Il l'affaisse sur le prie-Dieu, comme évanoui. Entre Ilamlct. H A ML ET , reculant de surprise en apercevant le roi.

Dieu ! le roi ! . . .

Il prie!... Oh! c'est Finstant, et sa vie est à moi !

Il lire son épée et fait, menaçant, un ou deux pas vers le rot. Soudain il s'arrête, et,

comme frappé d'une réflexion subite.

Mais il va droit au ciel ! . . . Est-ce alors la vengeance ?

Est-ce accomplir mon œuvre en sa juste exigence?

Quoi ! quand par lui mon père est mort assassiné ,

J'enverrais dans le ciel ce mécréant damné !

Moi, le fils , l'héritier de l'auguste victime.

J'irais récompenser et non punir le crime !...

Il a surpris mon père : il Ta brutalement

Frappé quand ses péchés, loin de tout sacrement,

Éclatants s'étalaient comme en mai la nature ;

Et qui sait, hormis Dieu, quelle était la souillure

Attachée à son front en ce fatal moment.

Et combien doit durer son horrible tourment?...

Est-ce donc me venger que de tuer l'infâme

Quand pour lui la prière , en entrant dans son âme

Et la purifiant, la rend prête au départ?

Dans ta justice, ô Dieu! lui fais-tu cette part?...

Remettant son épée au foarreaa.

Non ! choisis, mon épée, un instant plus propice : Attends que, pris devin, il tombe et s'assoupisse Dans les draps pollués d'un lit incestueux ,

Ou qu'il joue, et qu'il jure, écumant, monstrueux,

N'ayant plus à compter sur la céleste grâce ;

Frappe alors sans pitié ; culbute-le sur place ,

Ses deux talons en Tair ruant contre le ciel ;

Et que, limon pétri dans le sang et le fiel.

Il retourne aux enfers!... Mais ma mère m'appelle...

Tendant un bras menaçant vers le roi.

Va, ce n'est qu'un répit : ta sentence est mortelle

Hamlei sort. Le roi revient peu â peu de son affaissement; il se lève, et fait quelques

pas en chancelant; puis, avec désespoir.

LE ROI

Les mots seuls vont là-haut, la pensée est en bas. Et les mots sans pensée au ciel n'arrivent pas !

U sort.

Page 1