ACTE IV, SCÈNE
La poussière a repris ce qu'elle avait formé.
ROSENCRANTZ.
La raillerie ici, Monseigneur, est cruelle :
Nous venons pour porter le corps dans la chapelle.
HAMLET, ironiquement.
Vous le croyez?
ROSENCRANTZ.
Quoi donc ?
Que, quand votre secret, Vous le gardez si bien, j*irai, sot indiscret. Vous dévoiler le mien? Et puis, voyons, j'y songe, Le fils d'un roi peut-il écouter une éponge ?
ROSENCRANTZ,
Eh quoi! suis-je une éponge?
En toute vérité , Une éponge , et qui pompe avec avidité Les grâces, les bienfaits et la faveur royale. Mais aussi, pour les rois, est-il rien qui l'égale? Elle est pour eux ce qu'est pour le singe le fruit Qu'en un coin de sa bouche il recèle sans bruit Pour le croquer plus tard. Un roi veut-il reprendre Vos larcins? Aisément il se les fera rendre :
II presse son éponge , et vous redevenez Tout aussitôt à sec.
ROSENCRANTZ.
Monseigneur , vous tenez Un langage impossible à comprendre.
A votre aise :
Certaines vérités jamais, ne vous déplaise, Ne sauront se loger dans Toreille d'un sot.
ROSENCRANTZ, décomeoancë.
C'est assez, Monseigneur; dites-nous d'un seul mot Où le corps est caché. Puis, le roi vous demande.
Ah ! le roi tient au corps ; mais le corps , j*appréhende , Ne tient guère à cet être...
GUILDENSTERN
A cet être ?
HAMLET , avec un mépris écrasant.
De rien.
Mais allons le trouver. Roi-renard , tiens-toi bien !
Ils sortent.