‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 194 sur 238 · ACTE IV, SCÉiNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÉiNE IV

Qu'est l'homme, en vérité, si sa prérogative

Consiste uniquement à dormir, à manger?

Une brute, et c'est tout. Donc, il faut bien songer

Que Celui qui nous fit doués d'intelligence ,

Celui qui dans nos cœurs mettant la conscience

En a réglé l'emploi , ne nous a point dotés

De cette raison haute avec ses facultés,

Pour la laisser croupir en notre âme, inactive.

Et pourtant me voici, — soit révolte instinctive.

Soit scrupule venu d'un doute encor profond ,

Mais scrupule où je compte, en allant jusqu'au fond,

Trois quarts de lâcheté pour un quart de sagesse, —

Me voici, ne sachant que redire sans cesse :

« Eh bien! qu'attends-tu don(^? Pourquoi tant hésiter

M Devant une action qu'il faut exécuter?

M Tes serments, tes devoirs, Ténormité du crime

<■ Souffrent-ils qu'à ce point tu sois pusillanime?... »

Et que d'exemples, ciel ! faits pour me stimuler !

Tout d'abord cette troupe en train de défiler :

Un prince la commande, à peine homme par l'âge ,

Mais dont l'ambition sert si bien le courage

Qu'il affronte en riant l'invisible avenir :

Tout entier à l'objet qu'il brûle d'obtenir.

Il court, il va jouer sa fortune et sa vie,

Sans souci de les perdre. .. Et quelle est son envie?

Une coquille d*œuf!,.. Ainsi, pour être grand,

Ce n'est point la grandeur du fait qu'on entreprend

Qui s'impose avant tout : un simple brin de paille

Suffit pour illustrer tel qui livre bataille.

Dès que l'honneur l'exige. Alors que suis-je, moi,

Ah ! quelque méfiant que se montre le crime, En croyant l'éviter, il court droit à l'abîme !

Rentre Horatio, avec Ophëlie. Elle est folâtre, bruyaoïe ; le feu de la folie brille en son regard.

OPHÉLIE

Mais où se cache donc la belle majesté Du Danemark ?

LA REINE, À part.

Mon Dieu ! quel état a{];ité !

A Ophëlie.

Qu'avez-vous donc, ma fille ?

OPHÉLIE. Elle chante.

Ton amoureux , dis-moi , pardon ,

Gomment tu le sig^nales?

Est-ce par ses sandales , Par son chapeau, par son bourdon?

LA REINE

Ah ! ma pauvre Ophélie y Quelle est cette chanson ?

OPHÉLIE , avec pétulance.

Écoutez, je vous prie.

Elle chante sur un rhyihme plaintif.

Hélas ! hélas ! au cimetière

Pai le mien, moi, qui dort :

L'herbe est au pied du mort, Et sous sa tète est une pierre.

V Klle sançlotr.

Obi oh!

Page 1