ACTE IV, SCÉiNE IV
Qu'est l'homme, en vérité, si sa prérogative
Consiste uniquement à dormir, à manger?
Une brute, et c'est tout. Donc, il faut bien songer
Que Celui qui nous fit doués d'intelligence ,
Celui qui dans nos cœurs mettant la conscience
En a réglé l'emploi , ne nous a point dotés
De cette raison haute avec ses facultés,
Pour la laisser croupir en notre âme, inactive.
Et pourtant me voici, — soit révolte instinctive.
Soit scrupule venu d'un doute encor profond ,
Mais scrupule où je compte, en allant jusqu'au fond,
Trois quarts de lâcheté pour un quart de sagesse, —
Me voici, ne sachant que redire sans cesse :
« Eh bien! qu'attends-tu don(^? Pourquoi tant hésiter
M Devant une action qu'il faut exécuter?
M Tes serments, tes devoirs, Ténormité du crime
<■ Souffrent-ils qu'à ce point tu sois pusillanime?... »
Et que d'exemples, ciel ! faits pour me stimuler !
Tout d'abord cette troupe en train de défiler :
Un prince la commande, à peine homme par l'âge ,
Mais dont l'ambition sert si bien le courage
Qu'il affronte en riant l'invisible avenir :
Tout entier à l'objet qu'il brûle d'obtenir.
Il court, il va jouer sa fortune et sa vie,
Sans souci de les perdre. .. Et quelle est son envie?
Une coquille d*œuf!,.. Ainsi, pour être grand,
Ce n'est point la grandeur du fait qu'on entreprend
Qui s'impose avant tout : un simple brin de paille
Suffit pour illustrer tel qui livre bataille.
Dès que l'honneur l'exige. Alors que suis-je, moi,
Ah ! quelque méfiant que se montre le crime, En croyant l'éviter, il court droit à l'abîme !
Rentre Horatio, avec Ophëlie. Elle est folâtre, bruyaoïe ; le feu de la folie brille en son regard.
OPHÉLIE
Mais où se cache donc la belle majesté Du Danemark ?
LA REINE, À part.
Mon Dieu ! quel état a{];ité !
A Ophëlie.
Qu'avez-vous donc, ma fille ?
OPHÉLIE. Elle chante.
Ton amoureux , dis-moi , pardon ,
Gomment tu le sig^nales?
Est-ce par ses sandales , Par son chapeau, par son bourdon?
LA REINE
Ah ! ma pauvre Ophélie y Quelle est cette chanson ?
OPHÉLIE , avec pétulance.
Écoutez, je vous prie.
Elle chante sur un rhyihme plaintif.
Hélas ! hélas ! au cimetière
Pai le mien, moi, qui dort :
L'herbe est au pied du mort, Et sous sa tète est une pierre.
V Klle sançlotr.
Obi oh!