ACTE IV, SCÈNE V
LE ROI y â la reine.
Depuis quand ce naufrage où sombra sa raison ?
OPHÉLIE j qui a entendu, avec un retour fugitif de raison, , et en prenant avec càlinerie la main du roi.
Ce n'est rien... J'irai mieux^ laissez-m'en l'espérance... On ne se doute pas de semblable souffrance :
Gomment ne pas pleurer en songeant qu'on l'a mis Dans cette froide terre ?. . . Et puis , par ses amis , Laerte saura tout. Quel chagrin , pauvre frère ! . . .
S*éloignant tout à coup du roi, et, de nouveau, avec le ton et le gcsie de la folie.
Merci de vos conseils, monsieur, dans cette affaire... Ma voiture, à présent!... Je vais vous dire adieu...
Saluant cérémonieusement l'attistance.
Mesdames, bonne nuit; oh ! bonne nuit!
Elle sort brusquement.
LE ROI, à Horaiio.
Pour Dieu !
Suivez-la donc, monsieur, et veillez bien sur elle.
Horatio sort.
Elle est blessée au cœur, et l'atteinte est mortelle. La perte de son père est le fatal poison Qui vient sous la douleur de tuer sa raison.
O Gertrude ! Gertrude ! on voit trop sur la terre Que le malheur, loin d'être un coureur solitaire, Ne fond sur nous jamais qu'en bataillon serré : Avant tout, c'est la mort d'un ami vénéré; Puis , l'exil de ton fils , — sa fureur insensée
Explique toutefois la rigueur exercée ; — Maintenant, c'est le peuple, excité contre nous, Qui de Polonius s'enquiert avec courroux , Trouvant, non sans raison, trop vite ensevelie Sa dépouille mortelle; après, vient Ophélie Pour qui tout est perdu, car sans le jugement, L*être humain est la brute en son abaissement, Ou n'est que de lui-même une effigie inerte ; Pour dernier coup du sort enfin, voici Laerte Qui, revenu de France ici secrètement.
S'abandonne sans frein à son ressentiment , Se repaît des propos que tient la calomnie, Et va se joindre à ceux qui, dans leur félonie, Nous accusent tout haut d'avoir participé A la mort de son père. Ainsi je suis frappé De partout à la fois, attaque meurtrière Qui doit fatalement causer ma perte entière !
Uq grand camulte se fait entendre derrière le ifaëâcre.
LA REINE
Quel est ce bruit , mon Dieu ?
LE ROI, frappé d'épouvante.
Holà ! quelqu'un ici !
Mes suisses ! que font-ils ?
Allant avec colère au capitaine des gardes, qui entre en ce moment, l*epée à la maio.
les vêtements en désordre.
Ah! monsieur, vous voici!
LE GAPITAmE DES GARDES.
Fuyez, Sire, fuyez. L'Océan dans sa rage