ACTE I, SOÉNE Vil
Avec aUendrissenient.
Puis ce Duncan pratique Si bien ses grands devoirs ! Son cœur tendre s'applique  mettre un frein si doux à son commandement : Tant de vertus enfin plaident éloquemmenl Pour ce roi simple et bon ! . . . Quelle main exécrable Oserait menacer sa tête vénérable , Sans qu'éclatât soudain et l'indignation De la terre , et du Ciel la malédiction ? • On verrait la Pitié dans des transes mortelles . S'élancer sur les vents aux invisibles ailes, Et, glaçant l'univers aux cris de ses douleurs. Emplir les cœurs de deuil et tous les yeux de pleurs ! Non, je n'ai pas l'audace implacable qui pousse A de pareils forfaits ! Mon courage s'émousse , Ma volonté se brise, et sous l'émotion, Sous l'effroi qui m'étreint , meurt mon ambition !
Entre Udy Macbelh .
Que me veut-on ?
LADY MACBETH
Duncan quitte à Tinstant la table :
Ta sortie avant lui m'a paru regrettable.
L*a-t-il vue?
LADY MACBETH
Oui sans doute.
MACBETH
Il faut abandonner Ce projet monstinieux où tu veux m'entraîner :
36 MACBETH
Dans les faveurs du roi songe à ma part brillante ; Entends la voix de tous à Tenvi bienveillante Dans un concert sans fin exalter mon honneur : Oh ! ne va pas détruire un si noble bonheur!
LADY MACBETH, avec emporieoicnt.
Qu'était donc ton courage ? Une menteuse ivresse , Puisque, l'ivresse éteinte, à Tinstant même il cesse. Eh quoi ! pour ce dessein entre nous deux conclu Tu serais maintenant sans force, irrésolu?... Prétends-tu rassurer mon cœur sur ta tendresse Par ce lâche abandon du rêve qu il caresse ?
Toujours ainsi : vouloir, mais non pas accomplir!... honte ! Voici l'heure où nous devons cueillir Ces biens en qui tu vois rornement de la vie, Et tu la choisirais pour trahir notre envie?...
Avec une eiplosiou de dédaio.
Le chat a ces pudeurs en s'approchant de l'eau ; Il voudrait le poisson , mais sans mouiller sa peau ' .
MACBETH
Mon audace ose tout ce que peut oser l'homme : S'il en est qui font plus , dis comment on les nomme ?
LADY MACBETH
Mais alors quel démon te fit mettre en mon sein Le germe d'où naquit un si vaste dessein?
Tu te crois un cœur d'homme et parles de prouesses : Non, ton cœur ne connaît qu'inconstance et faiblesses ;
' Cette image est la reproduction du dicton latin :
Ca(us amat piscesy sed non vuU tangere plantas.