ACTE IV, SCENE II. i
LADY MACDUFF
L'œuvre d'un sage ? Quoi ! de fuir on ne sait où , De laisser après soi ses enfants et sa femme, Sa maison et ses gens? C'est avoir manqué d'âme. Il ne sait pas aimer : la nature est sans voix Dans ce cœur devenu si rebelle à ses lois. Pourtant, ne voit-on pas le roitelet lui-même Combattre dans son nid pour les petits qu'il aime Et braver le hibou?... Laissez à ma douleur Le droit de condamner une indigne terreur Que mon amour, autant que la raison, réprouve.
BOSSE
Contenez-vous, de grâce. Il s'en faut que j'approuve Ce jugement injuste et si peu généreux.
J'affirme que, prudent, mais non moins valeureux, Macduffne cède point sans cause aux circonstances. Vous connaissez son âme et ses nobles tendances; Rejetez donc au loin un semblable soupçon.
Ces temps sont si troublés ! Voyez la trahison Comme elle étend sur tout une main cauteleuse! Nous flottons au hasard sur uoe mer houleuse , Poussés vers les récifs, et nul ne sait comment Conjurer les périls d'un tel déchaînement; Mais le drame mûrit, et le temps qui chemine Porte son dénoûment. Je reviendrai, cousine : Le bien sortira-t-il de cet excès d'horreurs, Ou verrons-nous encor s'aggraver nos douleurs? Dieu le sait !
lOS MACBETH.
A l'cnfiuit.
Un baiser, mon enfant.
LADT MAGDUFF, contemplant dooloureosement son fils.
misère 1 Tout à la fois avoir et n*avoir pas un père.
ROSSE
Je prends congé de vous : m* attarder en ces lieux A tous deux nous vaudrait des dangers sérieux.
Rosse baise la main de lady MacdaflT, et sort. LADT MACDUFF, à son fils.
Pauvre petit, ton père est mort. Que vas-tu faire, Et comment vivras-tu ?
l'enfant.
Gomme les oiseaux , mère .
LADY MACDUFF, souriant.
De mouches et de vers ?
l'enfant.
Non, mais j'aurai, comme eux.
Ce que Dieu m'enverra.
LADY MACDUFF
Mon oiseau gracieux !
Mais les lacets, la glu, le trébuchet, le piège, Comment les éviter?
l'enfant.
Par Celui qui protège