‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 75 sur 238 · ACTE IV, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III

M'offre de vaillants bras, ses meilleurs, par milliers; Mais quand Macbeth rendrait sa couronne usurpée , Qu'on abattrait sa tête au tranchant de Tépée , Qu'y gagnerait l'Ecosse? Hélas ! pour successeur De ce monstre, un plus dur, un plus vil oppresseur !

MACDUFF

De qui parlez-vous donc ?

MALGOLM.

De moi-même ! . . . Le vice M'a tout entier! Je sens sa sève corruptrice Gomme un brûlant poison bouillonner dans mon cœur : Auprès de moi Macbeth a toute la blancheur De la neige ! On dira, quelque affreux qu'on le peigne, En comparant sa vie aux fureurs de mon règne. Que l'Ecosse a perdu dans Macbeth un agneau !

MACDUFF

Tous vous calomniez , prince , dans ce tableau : Il n'est pas de démon à Macbeth comparable ; L'Enfer n'a rien vomi de plus abominable Que lui.

MALGOLM.

J'admets qu'il est perfide , avare , faux , Sanguinaire, impudique, et qu'il n'est point de maux Dont sa perversité ne recèle le germe ; Mais je suis pire encor !... Macduff, il n'est nul terme A mes désirs , nul frein à ma lubricité :

Tonte femme avec moi perdrait sa pureté ; Vos fiUes et vos sœurs , vos vierges et vos femmes

116 MACBETH

Tomberaient tour à tour sous mes baisers infâmes! Rien ne peut assouvir mes passions sans loi... Vous voyez qui je suis : gardez Macbeth pour roi.

MACDUFF , se contenant avec effort.

La pire tyrannie est dans Tintempérance.

Que de rois sont tombés par leur incontinence !.. . Mais enfin , si ce feu vainement combattu Brûle en vous, quel besoin d'assaillir la vertu? De par le monde il est tant de femmes perdues Prêtes à vous livrer leurs caresses vendues !

MALCOLM

Ce n'est pas tout, MacdufF. De ma perversité, Vous n'avez encor vu que le moindre côté.

Mon cœur en ses replis vous cache un autre vice, Le plus hideux de tous peut-être... l'avarice ! J'ai la soif d'amasser : si je voyais tout l'or De la terre à mes pieds, il m'en faudrait encor. Et j'irais sans pitié décimant ma noblesse Pour avoir ses joyaux , ses champs et sa richesse I

MACDUFF

L'incontinence , éclose aux souffles embrasés Du désir, peut s'éteindre avec les sens blasés ; Mais, passion sans borne et jamais assouvie, L'avarice ne meurt que quand finit la vie :

On l'a vue abréger les jours de plus d'un roi. Dissipez cependant sur ce point votre effroi : L'Ecosse tout entière à vos désirs soumise, Doit suffire, en effet, à votre convoitise;

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