ACTE V, SCENE VII
A payé le tribut du soldat ! Il est mort !
Si jeune encore, à peine à Tàge où Ton est homme, Il a montré, semblable aux héros qu'on renomme, Comment on doit mourir dans un poste d'honneur.
LE VIEUX SIWARD, pâle, mais impaMible.
Mon fils est mort ?
ROSSE
Hélas ! puisse votre douleur Ne pas se mesurer à son noble mérite ; Sans quoi cette douleur n'aurait pas de limite.
LE VIEUX SIWARD, stoïquement.
Ses blessures , voyez , les a-t-il par devant ?
ROSSE , se penchant sur le corps du jeune Siward.
Oh! toutes!
LE VIEUX SIVARD, solennellement.
Le Seigneur a béni mon enfant !
Oui! j'aurais eu de fils une race nombreuse, Qu'à tous j'aurais voulu cette fin glorieuse Du magnanime enfant qui dort là .
çaiioii du vieux Siward : « Mon fils est mort ? » , Shakespeare fait répondre à Rosse : « Hélas! son corps a été emporté du champ de bataille. » Par la simple suppression de cette phrase, qui est, en contradiction, du reste, avec ce qui vient de se passer, nous laissons le vieux Siward en face du cadavre de son fils, et il nous semble que le mâle stoïcisme du soldat et la résig;nation du chrétien, tels qu*ils éclatent dans ses paroles, s'élèvent ainsi à un de^é de sublimité de plus.
154 MACBETH
MALGOLM.
Sa valeur, Sa jeunesise et son rang voulaient un sort meilleur.
LE VIEUX SIWARD
Quelle vie eût valu sa mort pour sa mémoire ?
Il fit ce qu'il devait! ce sera là sa gloire...
Ciel ! MacdufF et Macbeth ! Prince, regardez-les !
Rentre Macbeth , mortellement blessé et serré de près par MacdufT. A la vue de Malcolm, il s'arrête chancelant, éperdu. Puis, soulevant péniblement son épée, il fait un geste de vaine menace, s'avance', en trébuchant, de quelques pas, et tombe mort aux pieds de Malcolui.
MACDUFF , s*agcuouillant devant Malcolm.
Salut , fils de Duncan ! Salut , roi ! seul tu l'es ! Tu vois l'usurpateur couché dans la poussière ; L'Ecosse en ses transports t'acclame tout entière !
Se relevant, et s'adressant aux ihanes groupés autour de Malcolm.
Ce vieux cri de nos cœurs , cri d'amour et de foi , Poussons-le tous ici, thanes : Vive le roi !
TOUS
Vive le roi !
Les épées brillent, les étendards sont déployés, et les tambours battent aux champs. ^MALCOLM, irès-ému, mais avec une noblesse royale.
Ma vie aura pour chère étude De prouver dignement à tous ma gratitude.
Nobles* comtes d'Ecosse ! — Oui, ce titre nouveau
' Ce jeu de scène est celui adopté et universellement mis en pratique sur le théâtre anglais. Mais le texte de Shakespeare porte : « Rentre Macduff, tenant à la main la tête de Macbeth. »