‹ Chefs-d'œuvre de Thomas Corneille: précédés de son éloge historiqueChapitre 103 sur 224 · ACTE III, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL

^t le sanglant éclat qui suivroit ce courroux Yengeroit vos malheurs moins sur lui que sur vous.

ÉLISABl^TH.

Ah ! cruelle, pourquoi fais-tu trembler ma haine ? Est-ce une passion indigne d'uue reine Et Tamour qui me veut empêcher de régner P Ne se lasse-t-il point de se voir dédaigner ? Que me sert qu*au-dehors , redoutable ennemie , Je rende par la paix ma puissance affermie * Si mon cœur, au-dedans tristement déchiré , Ne peut jouir du calme où j*ai tant aspiré ?

Mou bonheur semble avoir enchaîné la victoire ; J'ai triomphé par-tout ; tout parle de ma gloire : Et d'un sujet ingrat ma pressante bonté Ne peut , même en priant, réduire la fierté ! Par son fatal arrêt plus que lui condamnée , A quoi te résous-tu , princesse infortunée?

Laisseras-tu périr sans pitié , sans secours. Le soutien de ta gloire et Tappui de tes jours ?

TILZrST.

Ne pouvez-votis pas tout. Vous pleurez ?

ÉT.ISABETH.

Oui, je pleure, Et sens bien que, s'il meurt, il faudra que je meure. O vous , rois, que pour lui ma flamme a négligés ,

i5o LE COMTE D'ESSEX.

Jetez les yeux sur moi , vous êtes bien vengés. Une reine intrépide au milieu des alarmes , Tremblante pour Tamour, ose verser des larmes ! Encor s'il étoit sàr que ces pleurs répandus , Eu me faisant rougir, ne fussent pas perdus; Que le lâcbe , pressé du vil remords que donne... Qu'en penses-tu ? dis-moi. Le plus hardi s*étonnc ; L'image de la mort, dont l'appareil est prêt , Fait croire tout permis pour en changer Tarrêf. Réduit à voir sa tête expier sou offense , Doutes-tu quïl ne veuille implorer ma clémence ; Que, sûr que mes bontés passent ses attentats...

TlI.WKy.

Il doit y recourir ; mais , s'il ne le fait pas.' Le comte est fier, madame.

ELISABETH

Ah ! tu me désespères.

Quoi qu'osent cou ira moi ses projets téméraires. Dût l'état par ma chute eu être renversé , Qu'il fléchisse , il suffit, j'oublierai le passé: Mais quand , tout attachée à retenir la foudre , Je frémis de le perdre, et tremble à m'y résoudre , Si , me bravant toujours , il ose m*y forcer, Moi reine, lui sujet, puis-je m*eii dispenser? Sauvons-le malgré lui; parle, et fais qu'il te croie;

Page 1