‹ Chefs-d'œuvre de Thomas Corneille: précédés de son éloge historiqueChapitre 106 sur 224 · ACTE III, SCÈNE III. i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III. i

C'est rétat désolé, t:*e8l votre cour en pleurs, Qai, perdant son appui, tremble de ses malheurs. Je sais qu'en sa conduite il eut quelque imprudence; Mais le crime toujours ne suit pas Tapparence. Et dans le rang illustre où ses vertus Font mis , Estimé de sa reine, il a des ennemis.

Pour lui, pour vous, pour nous, craignez les artifices De ceux qui de sa mort se rendent les complices : Songez que la clémence a toujours eu ses droits,. Et qu'elle est la vertu la plus digne des rois%

SLISA.BBTH.

Comte de Salsbury, j'estime votre zèle> Taime à vous voir ami généreux et fidèle, Et loue en vous l'ardeur que ce noble intérêt Vous doune à murmurer d'un équitable arrêt :

Je sens ainsi que vous une douleur extrême; Mais je dois à l'état encor plus qu'à moi-même^ Si j'ai laissé du comte éclaircir le forfait. C'est lui qui m'a forcée à tout ce que j'ai fait : Prête à tout oublier s'il m'avouoit son crime. On le sait, j'ai voulu lui rendre mon estime; Ma bonté n'a servi qu'à redoubler l'orgueil Qui des ambitieux est l'ordinaire écueil.

Des soins qu'il m'a vu prendre à détourner l'orage. Quoique sûr d'y périr, il s'est fait un outrage :

i54 LE COMTE D'ESSEX.

Si sa tête me fait raison de sa fierté, Cest sa faute; il aura ce qu'il a mérité.

SALSBURY.

11 mérite, sans doute, une houleuse peine.

Quand sa fierté combat les bontés de sa reine: Si quelque chose en lui vous peut, vous doit blesser. C'est l'orgueil de ce cœur qu'il ne peut abaisser. Cet orgueil qu'il veut croire au péril de sa vie ; Mais, pour être trop fier, vous a-t*il moins servie ? Vous a-t-il moins montré dans cent et cent combats Que pour vous il n'est rien d'impossible à son bras? Par son sang prodigué, par l'éclat de sa gloire. Daignez, s'il vous en l'esté encor quelque mémoire. Accorder au malheur qui l'accable aujourd'hui Le pardon qu'à genoux je demande pour lui :

Songez que, si jamais il vous fut nécessaire. Ce qu'il a déjà fait, il peut encor le faire; Et que nos ennemis, tremblants, désespérés, N'ont jamais mieux vaincu que quand vous le perdraz.

KMSABKTR.

Je le perds à regi'et : mais enfin je suis reine; Il est sujet, coupable, et digne de sa peine. L'arrêt est prononcé, comte; et tout l'univers Va sur lui , va sur moi tenir les veux ouverts. Quand sa seule fierté, dont vous blâmez l'audace.

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