‹ Chefs-d'œuvre de Thomas Corneille: précédés de son éloge historiqueChapitre 112 sur 224 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Le comte d'ESSEX, TILNEY.

J E dois beaucoup , sans doute , au souci qui famène; Mais enfin tu pouvois t'éparguer cette peine. Si Tarrêt qui me perd te semble à redouter, J*aime mieux le souffrir que de le mériter.

TILKET.

De cette fermeté souffrez que je vous blâme.

Quoique la mort jamais n'ébranle une grande ame. Quand il nous la faut voir par des arrêts sanglants Dans son triste appareil approcher à pas lents...

Je ne le cèle point, je croyois que la reine

i64 LE COMTE D'ESSEX.

A me sacrifier dût avoir quelque peine.

Entrant dans le palais sans peur d'être arrêté ,

J'en faisois pour ma vie un lieu de sûreté.

Non qu'enfin , si mon sang a tant de quoi lui plair« ,

Je voie avec regret qu'on Pose satisfaire ;

Mais, pour verser ce sang tant de fois répandu,

Peut-être un échafaud ne m'étoit-il pas dû.

Pour elle il fut le prix de plus d'une victoire;

Elle veut l'oublier ; j'ai regret à sa gloire;

J'ai regret qu'aveuglée elle attire sur soi

La honte qu'elle croit faire tomber sur moi.

Le ciel m'en est témoin , jamais sujet fidèle

N'eut pour sa souveraine uu cœur si plein de zèle.

Je l'ai fait éclater en cent et cent combats;

On aura beau le taire, ils ne le tairont pas.

Si j'ai fait mon devoir quand je l'ai bien servie.

Du moins je méritois qu'elle eût soin de ma vie.

Pour la voir contre moi si fièrement s'armer.

Le crime n'est pas grand de n'avoir pu l'aimer.

Le penchant fut toujours uu mal inévitable :

S'il entraine le cœur, le sort eu est cou|)able;

Et toute autre, oubliant un si léger chagrin ,

Ne m'auroit pas puni des fautes du destin.

TILNBT.

Vos froideurs, je l'avoue, ont irrité la reine ;

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