II ÉLOGE
son régent tronva »i fort à son gré , qn'il Tadopta et la sabstitaa à celle qu'il devoit faire représenter par ses écoliers poar la distribution des prix de i*année. Qnand il ent fini ses études, il vint à Paris, on l'exemple de Pierre Corneille, son frère aîné, le tourna du côté du théâtre; exemple qui, pour être suivi ^ demandoit une affinité de génie que les liaisons du sang ne donnent point , et que Ton ne compte guère entre les titres de famille.
Son début fht heureux, et Timocrate, une de ses premières tragédies , eut un si grand succès , qu'on la joua de suite pendant six mois. Le roi vint exprès an Marais pour en voir la représentation ; et le zèle de quelques amis de M. Corneille alla jusqu'à lui vouloir persuader d'en rester là , comme s'il n'y avoit eu rien à ajouter à la gloire qu'il avoit acquise , ou qu'on eut beaucoup risqué à la vouloir soutenir par de nouvelles productions. Mais Laodice, Catnma, Darius, Ànnibai et Stilicon, qa il donna ensuite, ne reçurent pas moins d'applaudissements que Timocrate; et ce fiit sans doute avec jnsiice, puisque Pierre Corneille luimême disoit qu'il anroit voulu les avoir faites. Il n'y avoit alors que M. Coraeille dont nous parlions qui pût mériter la jalousie de son frère , et il
DE THOMAS CORNEILLE. m
n'y avoit peat-étre qne ce frère qui fat assez généreux. pour Tavoner.
De ce tragiqne sublime, M. Corneille passa à des caractères qni , pins naturels , ou plus à la portée de nos niceurs, quoique toujours héroïques, n'ayoient cependant pas encore été placés sur la scène françoise. Ariane et ie Comte d'Essex, écrits dans ce goût, enlevèrent tous les suffrages dès qn^ib parurent ; et le public , que Ton accuse de se rétracter si aisément, ne s'est pas même refroidi après trente à quarante ans d'examen, jériane et le Comte d'Essex sont toujours demandés; on en sait les plus beaux endroits par cœur; ils plaisent comme s'ils avoient le mérite de la nouveauté; on y verse des larmes comme s'ils avoient encore l'avantage de la surprise.
Le comique prit aussi des beautés singulières entre les mains de M. Corneille. Il commença par mettre au théâtre quantité de pièces espagnoles, dont on ne croyoit pas qu'il fut possible de conserver l'esprit et le sel , si l'on vouloir les dégager des licNices et des fictions qui leur sont parti cu- Uères, et que notre scène n'admet point. De ce comique ingénieux , mais outré, il a su, dans Vinconnu , et dans plusieurs autres pièces , revenir à