IV ÉLOGE
on comique simple, iostnictif et gracieiix, qui les a déjà presque fait sarvivre aa siècle qui les a vues naître.
Il s'exerça encore à la poésie chantante , et nous avons de lui trois opéras qui ne le cèdent à aucun ouvrage de ce genre.
Les œuvres dramatiques de Corneille sont imprimées en recueil suivant l'ordre des temps. On en a fait plusieurs éditions à Paris , en province et dans les pays étrangers. Celles de Paris sont des années i68a, 1692, 1706; cette dernière, qui est la plus exacte , est aussi la plus ample : mais elle le seroit bien davantage, si Corneille y a voit voulu joindre tout ce qu'on sait qu'il a fait paroître sous d'autres noms. Ce recueil ne laisse pas d'être immense , et le cours d'une aussi longue vie que la sienne semble à peine y avoir pu suffire. Quarante pièces de théâtre au moins n'ont cependant emporté qu'une petite partie de son temps; et, ce qui est peut-être encore plus heureux , il n'y a presque donné que celui de sa jeunesse.
La traduction de quelques livres des Métamor" phases et des Épures héroïques d'Ovide venoit d'acquérir à M. Corneille ce qui lui restoit à prétendre des honneurs de la poésie , quand il perdit
soDÎIliistre irère, le grand Corneille. Car pourquoi ne le nommerions-nous pas ayec le public le grand Corneille , dans l'éloge d'un frère qui s'étoit luimême fait une douce habitude de l'appeler ainsi?
La mort d*un frère , quand elle n'est pas pré« maturée , ne touche la plupart des hommes que par un triste retour sur eux-mêmes. Ils mesurent rintervalle , ils supputent les moments qn'ib croient leur rester. Ce calcul les effraie ; et la nature, qui suit toujours ses foiblesses, mais qui est. souvent habile à les couvrir, met sur le compte de la tendresse une douleur causée par l'amour-propre. Il n'en étoit pas ainsi de ceux dont nous parlons. Outre que Pierre Corneille étuit de vingt ans plus âgé que son frère, il y avolt entre eux la plus parfaite union que l'on puisse imaginer; union qui les a quelquefois confondus aux yeux de leurs contemporains, et qui imposera d'autant plus à la postérité , qu'elle aura de nouveaux sujets de s'y méprendre.
Une estime réciproque , des inclinations et des travaux à-peu-près semblables , les engagements de la fortune, ceux mêmes du hasard, tout sembloit avoir concouru à les unir. Nous en rapporterons on exemple qui paroitia peut-être singulier. Us
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avoient épooâé les deux sœurs , en qui il se trouvoit la même diflTéreDce d'âge qui étoit entre eux. Il y avoit des enfants de part et d antre, et en pareil nombre. Ce n'étoit qu'une même maison, qu^in même domestique. Eufm , après plus de vingt • cinq ans de mariage , les deux frères n'avoient pas encore songé à faire le partage des biens de leurs femmes, biens situés en Normandie, dont elles étoient originaires , comme eux , et ce partage ne fut fait que par une nécessité indispensable, à la mort de Pierre Corneille.
L'Académie françoise , à qui la perte de ce grand homme fut également sen&ible , crut ne la pouvoir mieux réparer que par le choix d'un frère qui lui étoit cher, et qui marchoit glorieusement sur ses traces. On eût dit qu'il s'agissoit d'une succession qui ne regardoit que lui. 'Il fut élu tout d'une voix; et cet honneur, qui sembloit achever le parallèle des deux frères , fut seul capable de suspendre les larmes de M. Corneille. On ne peut marquer plus de reconnoissance , ni la marquer plus éloquemment qu'il le fit dans le discours qu'il prononça le jour de sa réception. Mais ce qui relève infiniment le mérite de cette journée, c'est la manière dont M. Racine , alors directeur de l' Aca-
DE THOMAS CORNEILLE. vu demie , répondit à ce diaconn. Après avoir décrit cette espèce de chaos où se trouvoit le poëme dra • matique, quand M. Corneille Tainé, à force de Imtter contre le mauvais goàt de son temps, ramena enfin la rabon snr la scène, et Vy fit paroitre accompagnée de tonte la pompe et de tons les ornements dont elle étoit susceptible , il dit , en s'adressant au nonvel académicien : « Vous auriez « pa bien mieux que moi , monsieur, lui rendre les « justes honneurs qu'il mérite, si vous n^enssies « appréhendé qu'en faisant Téloge d'un frère avec « qui vous avez tant de conformité , il ne semblât « que vous faisiez votre propre éloge. » II ajoute que « C'est une si heureuse conformité qni lui a et concilié toutes les voix pour remplir sa place , et « ponr rendre à l'Académie, avec le même nom, « le même esprit, le même enthousiasme, la même « modestie et les mêmes vertus* » Quel poids ces paroles n'avoient- elles point dans la bouche de M. Racine ! Il parloit de ses rivaux.
L'utilité publique devint alors l'objet particulier des travaux de M. Corneille. Il entreprit de donner une nouvelle édition des Remarques de Vaugelas, avec des notes qui faciliteroient l'intelligence de chaque article, et qni expliqueroient