‹ Chefs-d'œuvre de Thomas Corneille: précédés de son éloge historiqueChapitre 202 sur 224 · ELVIRE, DOW JUAN, SGANARELLE · texte numérisé non relu

ELVIRE, DOW JUAN, SGANARELLE

DOW JUAN

Quoi ! vous encor, madame! En deux mots, s'il vous

plaît; J'ai hâte.

ELVIRE

Dans Tennui dont mon ame est atteinte , Vous craignez ma douleur; mais perdez cette crainte. Je ne viens pas ici pleine de ce courroux Que je n*ai que trop fait éclater devant vous. Par un premier hymen une autre vous possède : On m'a tout édairci; c'est un mal sans remède ; Et je me ferois tort de vouloir disputer Ce que contre les lois je ne puis emporter.

J'ai sans doute à rougir, malgré mon innocence, D'avoir cru mon amour avec tant d'imprudence Qu'en vous donnant la main j'ai reçu votre foi , Sans voir si vous étiez en pouvoir d'être à moi. Ce dessein avoit beau me sembler téméraire, Je ch^rchois le secret par la crainte d'un frère;

3i6 LE FESTIN DE PIERRE.

Et le tendre penchant qui me fit tout oser Sur vos serments trompeurs servit à m'abuser. Le crime est pour vous seul, puisqu^enfin éclaircie Je songe à satisfaire à ma gloire noircie; Et que, ne vous pouvant conserver pour époux, J*éteins la folle ardeur qui m*attachoit à vous. Non qu*un juste remords Tétoufle dans mon ame Jusques à u*y laisser aucun reste de flamme : Mais ce reste n*est plus qu'un amour épuré ; C*est un feu dont pour vous mon cœur est éclairé , Un feu purgé de tout , une sainte tendresse, Qu*au commerce des sens nul désir n*intéresse, Qui n'agit que pour vous.

SGANARBI.LK.

Ah!

DON JUAN

Tu pleures, je croL Ton cœur est attendri.

SGANARfeLLB.

Monsieur, pardonnez-moi.

ELVIRE

C*est ce parfait amour qui m'engage à vous dire Ce qu^anjourd^hui le ciel pour votre bien m'inspire. Le ciel dont la bonté cherche à vous secourir, Prêt à choir dans l'ahyrae où je vous vois courir.

Page 1