ACTE V, SCÈNE IL
Des sîoges de leurs mœurs sont Tordinaire dupe : A <faoi que leur malice ait pu se dispenser, Xeur appui leur est sûr, s'ils l'ont vu grimacer. Ah ! combien j'en connois qui , par ce stratagème , Après avoir vécu dans un désordre extrême, S'armant du bouclier de la religion, Ont rhabillé sans bruit leur dépravation, Et pris droit, au milieu de tout ce que nous sommes, D'être sous ce manteau les plus méchants des hommes! On a beau les connoitre , et savoir ce qu'ils sont. Trouver lieu de scandale aux intrigues qu'ils ont , Toujours même crédit : un maintien doux, honnête, Quelques roulements d*yeux, des baissements de tête, Trois ou quatre soupirs mêlés dans un discours. Sont, pour tout rajuster, d'un merveilleux secouiv. C'est sous un tel abri qu'assurant mes affîdres Je veux de mes censeurs duper les plus sévères : Je ne quitterai point mes pratiques d'amour.
J'aurai soin seulement d'éviter le grand jour; Et saurai, ne voyant en public que des prudes^. Garder à petit bruit mes douces habitudes.
Si je suis découvert dans mes plaisirs secrets. Tout le corps en chaleur prendra mes intérêts; Et , sans me remuer, je verrai la cabale Me mettre hautement à couvert du scandale.
C'est là le vrai moyen d'oger impnnéiiiciit
Permettre à mes desin uu plein emportemoRt :
Des actions d'autrui je ferai le critiqae ,
Médirai saintement; et, d'un ton pacffîqae.
Applaudissant à tout ce qui sera bUraé,
Ne croirai que moi seul digne d*ètre estimé.
S*il faut que d'intérêt quelque afibire se passe,
FùtHse veuve, orphelin, point d'accord, pointde grâce;
Et, pour peu qu'on me choque, ardent a me venger.
Jamais rien au pardon ne pourra m'obliger.
J'aurai tout doucement le zèle charitable
De nourrir une haine irréconciliable;
Et , quand on me viendra porter à la douceur.
Des kutérèts du ciel je ferai le vengeur :
Le prenant pour garant du soin de sa qu«rdle.
J'appuierai de mon cœur la malice infidèle;
Et, selon qu'on m'aura plus ou moins respecté.
Je damnerai les gens de mon autorité.
Cestainsi quel'on peut, dans lesièdeoùnoussommes,
Profiter sagement des foiblesses des hommes.
Et qu'un esprit bien lait, s'il craint le» mécontents,
Se doit accommoder aux vices de son temps.
80AHARXI.LI.
Qu'entends-je? Cen est fait, monsiflur, et jele quitte; Il ne vous manquoit plus que vous faire hypocrite :