‹ Chefs-d'œuvre de Thomas Corneille: précédés de son éloge historiqueChapitre 33 sur 224 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

L'ingratitude en vain vous le fait condamner : Vos yeux rendent pour lui ce crime nécessaire; Et s'il cède au remords quelquefois pour vous plaire, Quoi que vous ait promis ce repentir confus, Sitôt qu'il vous regarde , il ne s'en souvient plus.

FBÈORE.

Les dieux me sont témoins que de son injustice

Je souffre malgré moi qu'il me rende complice.

Ce qu'il doit à ma sceur méritoit que sa foi

Se fit de l'aimer seule une sévère loi;

Et quand des longs ennuis où ce refus l'expose

Par ma facilité je me trouve la cause,

Il n'est peine, supplice, où, pour l'en garantir,

La pitié de ses maux ne me fit consentir.

L'amour que j'ai poui;lui me noircit peu vers elle :

Jç l'ai pris sans songer à le rendre inJGidèle;

Ou plutôt j'ai senti tout mon cœur s'enflammer

Avant que de savoir si je voulois aimer.

Mais si ce feu trop prompt n'eut rien de volontaire,

n dépendoit de moi de parler, ou me taire.

J*ai parlé, c'est mon crime ; et Thésée applaudi

A l'infidélité par là s'est enhardi.

Ah ! qu'on se défend mal auprès de ce qu'on aime '.

Ses regards m'expliquoient sa passion extrême ;

Les miens à la flatter s'échappaient malgré moi :

N'étoit>ce pas assez pour corrompre sa foi ?

J'eus beau vouloir régler son ame trop «Carnée ,

li fallut voir sa flamme , et souffrir d'être aimée ;

J'en craignis le péril , il me sut ^louir.

Que de foiblesse! il &ut Tempèc^er d'en- jouir.

Combattre incessamment son infidèle audace.

Allez, Pirithoiis ; révoyez-le, de grâce :

De peur qu'en mon amour il prenne trop d*appui,

Otez-lui tout espoir que je puisse être à loL

J'ai déjà beaucoup dit, dites-lui plus encore.

PIRITBOUS.

Nous avancerions peu, madame ; il vous adore : Et quand , pour Tétouner à force de refus.

Vous vous obstineriez à ne Técouter plus.

Son ame toute à vous u'en seroit pas plus prête A suivre d'autres lois, et dianger de conquête. Quoique le coup soit rode, achevons de frapper. Pour servir Ariane il faut la détromper; Il faut lui faire voir qu'une flamme nouvelle Ayant détruit Tamour que Thésée eut pour elle, Sa sâreté l'oblige à ne pas dédaigner La gloire d'un hymen qui la fera régner.

Le roi l'aime, et son tr6ne est pour elle un asile.

PBSDRX.

Quoi ! je la trahirois, elle qui, trop focile ,

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