ACTE III, SCÈNE IV
Ai-je pris à regret le uom de fugitive ?
La mer, les vents, Texil, ont-ils pu m^étonner ?
Te suivre c'étoit plus que me voir couronner.
Fatigues , peines, maux , j'aimoîs tout par leur caiisev
Dis-moi que non > ingrat, si ta lâcheté Tose ;
Et , désavouant tout, éblouis-moi si bien
Que je puisse penser que tu ne me dois rien.
THÉSÉE
Comment désavouer ce que Thonneur me presse De voir, d'examiner, de me dire sans cesse ?
Si par mon changement je trompe votre choix , C'est sans rien oublier de ce que je vous dois. Ainsi joignez aux noms de traître et de parjure Tout réclat que produit la plus sanglante injure : Ce que vous me direz n'aura point la rigueur Des reproches secrets qui déchirent mou cœur. Mais pourquoi, m*aocnsant, en croître les atteintes ?
Madame, croyez-moi, je ne vaux pas vos plaintes.
L*oubli, l'indifférence, et vos plus fiers mépris,
De mon manque de foi doivent être le prix.
A monter sur le trône un grand roi vous invite;
Yengez-vous, en Taimant , d'un lâche qui vous quitte.
Quoi qu'aujourd'hui pour moi l'inconstance ait de doux.
Vous perdant pour jamais, je perdrai plus que vous.
Quelle perte, grands dieux ! quand eUe«st volontaire! Périsse tout, s'il faut oesser de Vétre chère ! Qu*ai-je à feire du trône et de la main d'un roi.' De Tunivers entier je ne voulois que toi.
Pour toi, pour m'attanher a ta seule personne. J'ai tout abandonné, repos, gloire, couronne ; Et quand ces mêmes biens ici me sont offerts , Que je puis en jouir, c'est toi seul que je perds ! Pour voir leur impuissance à réparer ta perte. Je te suis, mène-moi dans quelque ile déserte. Où , renonçant à tout , je me laisse charmer De l'unique douceur de te voir, de t'aimer :
Là, possédant ton cœur, ma gloire est sans seconde ; Ce cœur me sera plus que l'empire do monde.
Point de ressentiment de ton crime passé ; Tu n'as qu'à dire un mot, ce crime est efihcé. Cen est fait, tu le vois, je n'ai plus de colère.
THÉsiS.
Un si beau feu m'accable, il devroit seul me plaire; Mais telle est de l'amour la tyrannique ardeur...
▲ RIAXia.
Va, tu me réiiondi*as des transports de mon cœur : Si ma flamme sur toi u'avoit qu'un foible empire. Si tu la dédaignois, il ialloit me le dire