‹ Chefs-d'œuvre de Thomas Corneille: précédés de son éloge historiqueChapitre 40 sur 224 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Ai-je pris à regret le uom de fugitive ?

La mer, les vents, Texil, ont-ils pu m^étonner ?

Te suivre c'étoit plus que me voir couronner.

Fatigues , peines, maux , j'aimoîs tout par leur caiisev

Dis-moi que non > ingrat, si ta lâcheté Tose ;

Et , désavouant tout, éblouis-moi si bien

Que je puisse penser que tu ne me dois rien.

THÉSÉE

Comment désavouer ce que Thonneur me presse De voir, d'examiner, de me dire sans cesse ?

Si par mon changement je trompe votre choix , C'est sans rien oublier de ce que je vous dois. Ainsi joignez aux noms de traître et de parjure Tout réclat que produit la plus sanglante injure : Ce que vous me direz n'aura point la rigueur Des reproches secrets qui déchirent mou cœur. Mais pourquoi, m*aocnsant, en croître les atteintes ?

Madame, croyez-moi, je ne vaux pas vos plaintes.

L*oubli, l'indifférence, et vos plus fiers mépris,

De mon manque de foi doivent être le prix.

A monter sur le trône un grand roi vous invite;

Yengez-vous, en Taimant , d'un lâche qui vous quitte.

Quoi qu'aujourd'hui pour moi l'inconstance ait de doux.

Vous perdant pour jamais, je perdrai plus que vous.

Quelle perte, grands dieux ! quand eUe«st volontaire! Périsse tout, s'il faut oesser de Vétre chère ! Qu*ai-je à feire du trône et de la main d'un roi.' De Tunivers entier je ne voulois que toi.

Pour toi, pour m'attanher a ta seule personne. J'ai tout abandonné, repos, gloire, couronne ; Et quand ces mêmes biens ici me sont offerts , Que je puis en jouir, c'est toi seul que je perds ! Pour voir leur impuissance à réparer ta perte. Je te suis, mène-moi dans quelque ile déserte. Où , renonçant à tout , je me laisse charmer De l'unique douceur de te voir, de t'aimer :

Là, possédant ton cœur, ma gloire est sans seconde ; Ce cœur me sera plus que l'empire do monde.

Point de ressentiment de ton crime passé ; Tu n'as qu'à dire un mot, ce crime est efihcé. Cen est fait, tu le vois, je n'ai plus de colère.

THÉsiS.

Un si beau feu m'accable, il devroit seul me plaire; Mais telle est de l'amour la tyrannique ardeur...

▲ RIAXia.

Va, tu me réiiondi*as des transports de mon cœur : Si ma flamme sur toi u'avoit qu'un foible empire. Si tu la dédaignois, il ialloit me le dire

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