‹ Chefs-d'œuvre de Thomas Corneille: précédés de son éloge historiqueChapitre 5 sur 224 · X ÉLOGE · texte numérisé non relu

X ÉLOGE

tage : voici le «econd. Ces vers sont imprimés d'an caractère différent , et on pent les passer sans interrompre la liaison naturelle de ce qui précède et de ce qui suit. Ainsi il y a des notes pour cenx qui en ont besoin; c'est une traduction simple pour les autres , et un agrément particulier pour tous.

Quand il plut au roi d'augmenter par un nouveau règlement T Académie des inscriptions, M. Corneille y lut appelé comme un sujet des plus utiles et des plus zélés : il Tétoit en effet. Son âge déjà fort avancé ne Tempéchoit poiut de se rendre très régulièrement aux assemblées. Il perdit la vue bientôt après ; mais cet accident si âcheux ne diminua rien de son assiduité. D^autres infirmitéft succédant insensiblement à la perte de ses yeux, on le déchargea des travaux de l'Académie, dont l'entrée, le droit de suffrage , et toutes les antres prérogatives lui furent conservées sous le titre de vétéran.

M. Corneille, tout aveugle qu'il étoit, et accablé sons le poids des années, ne laissa pas de faire encore d'heureux efforts en faveur du public. Il lui donna d'abord les nouvelles observations de l'Académie françoise sur Vaugeias, qu'il avoît exactement recueillies. Il mit ensiûte sous la presse

DE THOMAS CORNEILLE. xt

son grand Dictionnaire géographique, qni l'occupoit depois quinze ans, et qnî n*a été achevé d'imprimer qu*un an avant sa mort. Ce recueil, qnî est en 3 vol. in-fol. est le pins ample qne noaa ayons en ce genre. H contient non-seulement nne infinité d'articles que l'on chercheroit en vain dans les antres dictionnaires ; mais on y trouve de pins dans les articles communs des circonstances et des particularités qui , les rendant beaucoup plus éten* dus , les rendent beaucoup plus curieux. Il en corrigea Ini-méme toutes les épreuves; il a voit dressé exprès un lecteur , dont il s'étoit rendu la prononciation si familière, qu'à Tentendre lire , il jugeoit parfaitement des moindres fautes qni s'étoient glissées dans la ponctuation ou dans l'orthographe.

Dès qne l'impression de cet ouvrage fut ache. vée, M. Corneille se retira à Andely, petite ville de Normandie, on il a voit du bien. Il y mourut la nuit du 8 au 9 du mois de décembre dernier 1709, âgé de quatre>vingt-quatre ans , trois mois et quelques jours.

Il a voit joui toute sa vie, si l'on en excepte les cinq on six dernières années , d'une santé égale et robuste, malgré son application continuelle au travail. Il est vrai que personne ne travaiUoit avec

xïi ÉLOGE DE THOMAS CORNEILLE, tant de faciUté. On dit qvH Ariane , sa tragédie favorite, ne lui ayoit coûté que dix -sept joars, et qu'il nen avoit donné que vingt-deax à quelques antres. Il étoit d'une conversation aisée; &e» expressions vives et naturelles la rendoient légère sur quelque sujet qu'elle roulât. Il avoit conservé nne politesse surprenante jusqae dans ces derniers temps où l'âge sembloit devoir l'affranchir de beaucoup d'attention; et à cette politesse, il joignoit un cœur tendre qui le livroit aisément à ceux qu'il sentoit être du même caractère.

Pénétré des vérités de la religion, il en remplissoit les devoirs avec la dernière exactitude, mais sans aucune affectation. Très sincèrement modeste, il n'avoit jamais voulu profiter des occasions favorables de se montrer à la cour, ni chez les grands; et toujours empressé à louer le mérite d'autrui , on l'a vu plusieurs fois se dérober aux applaudissements que le sien lui attiroit. Il aimoit sur toutes choses une vie tranquille , quelque obscure qu'elle pût être; bienfaisant d'«illeurs, généreux, libéral même dans la plus médiocre fortuné. Tous ceux qui l'ont connu le regrettent, comme si la mort l'eût enlevé à la fleur de son âge : car la vertu ne vieillit point.

Page 1