‹ Chefs-d'œuvre de Thomas Corneille: précédés de son éloge historiqueChapitre 50 sur 224 · ACTE IV, SCÈNE III. fi · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III. fi

Par elle je perds tout : la puis-jc assez haïr ? Puis-je assez consentir à tout ce que la rage M'offre de plus sanglant pour venger mon outrage ? Eien, après celor£ut, ne me doit retenir; Ma sœur, il est de ceux qu'on ne peut trop punir.

Si Thésée, oubliant un amour ordinaire, M'avoit manqué de foi dans la cour de mon père, Quoi que pût le dépit en secret m'ordouner, Cette infidélité seroit à pardonner.

Ma rivale, dirois-je, a pu sans injustice D'un cœur qui fut à moi chérir le sacrifice ; La douceur d'être aimée ayant touché le sien , Elle a dû préférer son intérêt au mien.

Mais étrangère ici, pour l'avoir osé croire.

J'ai sacrifié tout, jusqu'au soin de ma gloire; Et pour ce qu'a quitté ma trop crédule foi Je n'avois que ce cœur que je croyois à moi.

Je le perds , on me l'ôte : il n'est rien que n'essaie La fureur qui m'anime, afin qu'on me le paie. J'en mettrai haut le prix, c'est à lui d'y penser.

PHID&C.

CiC revers est sensible, il faut le confesser :

Mais, quand vous connoitrez celle qu'il vous préfère,

Pour venger votre amour que prétendez-vous faire ?

ARIAITE.

L'aller trouver, la voir, et de ma propre mam Lui mettre, lui plonger un poignard dans le sein. Mais, pour mieux adoucir les peines que j'endure. Je veux porter le coup, aux yeux de mon parjure. Et qu'en son cœur les miens pénètrent à loisir Ce qu'aura de mortel son affireux déplaisir.

Alors ma passion trouvera de doux charmes A jouir de ses pleurs comme il fait de mes larmes; Alors il me dira si se voir lâchement Arracher ce qu'on aime est un léger tourment.

PHÀIVIIB.

Mais, sans Tautoriser à vous être infidèle.

Cette rivale a pu le voir hrûler pour elle ; Elle a peine à ses vœux peut-être à consentir.

Point de pardon, ma sœur; il falloit m*avertir : Son silence feit voir qu'elle a part au parjure. Enfin il faut du sang pour laver mon injure.

De Thésée , il est vrai , je puis percer le cœur ; Mais, si je m'y résous, vous n'avez plus de sœur. Vous aurez beau vouloir que mon bras se retienne ; Tout perfide qu'il est, ma mort suivra la sienne; Et sur mon propre sang l'ardeur de nous unir

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