ACTE V, SCÈNE VI
ARIAITB.
Si j*oublierai Thésée? Ah dieux ! mon lâche cœur Nourriroit pour Thésée une houteuse ardeur !
Thésée encor sur moi garderoit quelque empire ! Je dois haïr Thésée,* et voudrois m'en dédire ! Oui, Thésée à jamais sentira mon courroux ; Et si c*est pour vos vœux quelque chose de doux , Je jure par les dieux, par ces dieux qui peut-être S'uniront avec moi pour me venger d'un traître. Que j'oublierai Thésée; et que, pour m'émouvoir, Remords 9 larmes, soupirs, manqueront de pouvoir.
PiaiTHOUS.
Madame , si j'osois...
ARIAITE.
Non, parjure Thésée, Ne crois pas que jamais je puisse être apaisée ; Ton amour y feroit des efforts superflus.
Le plus grand de mes maux est de ne t'aimer plus : Mais après ton forfait, ta noire perfidie.
Pourvu qu'à te gêner le remords s'étudie, Qu*il te livre sans cesse à de secrets bourreaux. C'est peu pour m'étonner que le plus grand des maux. J'ai trop gémi, j'ai trop pleuré tes injustices; Tu m'as bravée : il faut qu'à ton tour tu gémisses. Mais quelle est mon erreur I Dieux ! je menace en l'air.
L'ingrat se donne ailleurs quand je crois lui parler. Il goûte la douceur de ses nouvelles chaînes. Si vous m*aimez, seigneur, suivons-le dans Athènes. Avant que ma rivale y puisse triompher, Partons ; portons-y plus que la flamme et le Cer. Que par vous la perfide , entre mes mains livrée , Puisse voir ma fureur de son sang enivrée.
Par ce terrible éclat signalez ce grand jour, Et méritez ma main en vengeant mon amour.
GBIT A EUS.
ConsultouS'Cn le temps, madame, et s'il faut (aire...
Le temps! Mon désespoir souffre-t-il qu'on diffère? Puisque tout m'abandonne, il est pour mon secours Une plus sûre voie, et des moyens plus courts.
( Elle se jeUe sar l'épée de Pirithoûs. )
Tu m'arrêtes, croel!
HÉRIITE.
Que faites-vous, madame?
ARIANE, à Nérine.
Soutiens- moi; je succombe aux transports de mon
ame.
Si dans meç déplaisirs tu veux me secourir , Ajoute à ma foiblesse , et me laisse mourir.