ACTE I, SCÈNE I
liK C-QMTB D^ESSKX.
Qa*une flamme seerète Unissoit mon destin à celui d*Henriette, Et que de mon amour son jeune cœur charmé Ne me déguisoit pas que j'en étois aimé.
SALSBURT.
Le duc d^Irton l'épouse , elle vous abandonne ; Et vous pouvez penser...
LE COMTE D*ESSBX.
Son hymen vous étonne; Mais enfin apprenez par quels moti& secrets Elle s*est immolée à mes seuls intérêts.
Confidente à-la-^ois et fille de la reine, Elle avait su vers moi le penchant qui l'entraîne. Pour elle chaque jour réduite à me parler, Elle a voulu me vaincre, et n*a pu m'éhranler; Et voyant son amour, où j'étois trop sensible, Me donner pour la reine un dédain invincible, Pour m'en ôter la cause eu m'ôtant tout espoir, Elle s'est mariée... Hél qui l'eût pu prévoir ? Sans cesse, en condamnant mes froideurspour la reine^ Elle me préparoit à cette affreuse peine ; Mais, après la menace, un tendre et prompt retour Me mettoit en repos sur la foi de Tamour :
Enfin, par mon absence à me perdre enhardie.
iio LE COMTE D^ESSKX.
Elle a contre elle-même usé de perGdie.
Elle m'aimoit, sans doute, et n'a donné sa foi Qu'en m'arrachant un oœur qui devoit être à moi. A ce funeste avis, quelles rudes alarmes!
Pour rompre soù hymen j'ai fiût prendre les anaes; Eu tumulte au palais je suis nte accouru; Dans toute sa fureur mon transport a paru.
J'allois sauver un bien qu'on m'ôtoit par surprise ; Mais, averti trc^ lard, j*ai manqué l'entreprise. Le duc, unique objet de ce transport jaloux, De l'aimable Henriette étoit déjà l'époux.
Si j'ai trop éclaté, si l'on m'en tait un crime , Je mourrai de l'amour innocente victime; Bfalbeureux de savoir qu'après ce vain effort Le duc toujours heureux jouira de ma mort.
SALSBUET.
Cette jeune duchesse a mérité, sans doute, Les cruels déplaisirs que sa perte vous coûte; Mais , dans l'heureux succès que vos soins avoient eu^ Aimé d'elle en secret, pourquoi vous être ta ? La reine, dont pour vous la tendresse infinie Prévient jusqu'aux souhaits...
LB COMTB d'bSSBX.
C'est là sa tyrannie.
Et que me sert, hélasl cet excès de faveur.