‹ Chefs-d'œuvre de Thomas Corneille: précédés de son éloge historiqueChapitre 78 sur 224 · I.S COMTE d'kSSBX · texte numérisé non relu

I.S COMTE d'kSSBX

Oui , je me plains , madame ; et vous a*oyez en vain Pouvoir justifier ce barbare dessein.

Si vous m'aviez aimé, vous auriez par vous-même Connu que Ton perd tout quand on perd ce qu'on

aime, Et que l'afireux supplice où vous me condamniez Surpassoit tous les maux dont vous vous étonniez. Votre dure pitié, par le coup qui m'accable.

Pour craindreun foux malheur, m'en fait un véritable. Et que peut me servir le destin le plus doux ? Avois-je à souhaiter un autre bien que vous ? Je méritois peut-être, en dépit de la reine ,

ii4 LE COMTE D'ESSEX.

Qu'à me le conserver vous prissiez quelque peine. Une autre eût refusé d'immoler un amant :

Tous avez cru devoir en user autrement; Mon cœur veut révérer la main qui le déchire ; Mais , encore une fois , j'oserai vous le dire , Pour moi contre ce cœur votre bras s'est armé ; Yous ne l'auriez pas fiiit, si vous m'aviez aimé.

TaÀ. duchvsse.

Ah ! comte , plût au ciel , pour finir mon supplice , Qu'un semblable reproche eût un peu de justice ! Je ne sentirois pas avec tant de rigueur Tout mon repos céder aux troubles de mon cœur. Pour vous au plus haut point ma flamme étoit montée: Je n'en dois point rougir, vous l'aviez méritée; Et le comte d'Essex , si grand , si renommé, M'aimant avec excès, pouvoit bien être aimé.

C'est dire peu; j'ai beau n'être plus à moi-même. Avec la même ardeur je sens que je vous aime. Et que le changement où m'engage un époux , Malgré ce que je dois, ne peut rien contre vous. Jugez combien mon sort est plus dur que le vôtre : Vous n'êtes point forcé de brûler pour une autre ; ^t, quand vous me perdez, si c'est perdre un grand

bien, Pu moins, eu m'oubiiaut, vous pouvez n'aimer rien.

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