‹ Chefs-d'œuvre de Thomas Corneille: précédés de son éloge historiqueChapitre 94 sur 224 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

Quelqu<efoi& à céder ma fierté se résout ;

Que sais-tu si le temps u'en viendra pas à bout ?

Que sais-tu...

IsE COMTE D*£SSEX.

Non, madame; et je puis vous le dire, L'estime de ma reine à mes vœux doit suffire; Si Tamour la portoit à des projets trop bas, Je trahirois sa gloire à ne Fempécher pas.

ÉlilSABETH.

Ah ! je vois trop jusqu'où la tienne se ravale : Le trône te plairoit, mais avec ma rivale.

Quelque appât qu'ait pour toi Tardeur qui te séduit. Prends-y garde, ta mort en peut être le fruit.

Eu perdant votre appui je me vois sans défense. Mais la mort n'a jamais étonné l'innocence; Et si, pour contenter quelque ennemi secret.

Vous souhaitez mon sang, je Toffre sans regret.

SX.ISABETB.

Va , c'en est fait; il faut contenter ton envie.

A ton lâche destin j'abandonne ta vie.

Et consens, puisqu'eu vain je tâche à te sauver,

Que sans voir... Tremble, ingrat, que je n'ose achever.

Ma bonté, qui toujours s'obstine à te défendre ,

Pour la dernière ibis cherche à se faire entendre.

i38 LE COMTE D'ESSEX.

Tandis qu*enoor pour toi je veux bien récouler^ Le pardon t*est offert , tu le peux accepter. Mais si...

LE COMTE d'bSSBX.

J'accepterois un pardon ^ moi, madame !

ELISABETH

Il blesse , je le vois , la fierté de ton a me ; Mais, s*il te fait souffrir, il falloit prendre soin D'empêcher que jamais tu n'en eusses besoin; Il falloit^ ne suivant que de justes maximes, Rejeter...

&B COMTE d'eSSEX.

Il est vrai , j*ai commis de grandis crimes ; Et ce que sur les mers mon bras a fait pour vous Me rend digne en effet de tout votre courroux. Vous le savez, madame , et fEspagne confuse Justifie un vainqueur que TAngleterre accuse. Ce n'est pas pour vanter mes trop heureux exploits Qu'à réclat qu'ils ont fait j'ose joindre ma voix : Tout autre, pour sa reine employant son courage. En même occasion eût eu même avantage.

Mon bonheur a tout fait , je le crois : mais enfin Ce bonheur eût ailleurs assuré mon destin; Ailleurs, si l'imposture eût conspiré ma honte, On n'iiuroit pas souffert qu'on osât...

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