ACTE II, SCÈNE VI
Quelqu<efoi& à céder ma fierté se résout ;
Que sais-tu si le temps u'en viendra pas à bout ?
Que sais-tu...
IsE COMTE D*£SSEX.
Non, madame; et je puis vous le dire, L'estime de ma reine à mes vœux doit suffire; Si Tamour la portoit à des projets trop bas, Je trahirois sa gloire à ne Fempécher pas.
ÉlilSABETH.
Ah ! je vois trop jusqu'où la tienne se ravale : Le trône te plairoit, mais avec ma rivale.
Quelque appât qu'ait pour toi Tardeur qui te séduit. Prends-y garde, ta mort en peut être le fruit.
Eu perdant votre appui je me vois sans défense. Mais la mort n'a jamais étonné l'innocence; Et si, pour contenter quelque ennemi secret.
Vous souhaitez mon sang, je Toffre sans regret.
SX.ISABETB.
Va , c'en est fait; il faut contenter ton envie.
A ton lâche destin j'abandonne ta vie.
Et consens, puisqu'eu vain je tâche à te sauver,
Que sans voir... Tremble, ingrat, que je n'ose achever.
Ma bonté, qui toujours s'obstine à te défendre ,
Pour la dernière ibis cherche à se faire entendre.
i38 LE COMTE D'ESSEX.
Tandis qu*enoor pour toi je veux bien récouler^ Le pardon t*est offert , tu le peux accepter. Mais si...
LE COMTE d'bSSBX.
J'accepterois un pardon ^ moi, madame !
ELISABETH
Il blesse , je le vois , la fierté de ton a me ; Mais, s*il te fait souffrir, il falloit prendre soin D'empêcher que jamais tu n'en eusses besoin; Il falloit^ ne suivant que de justes maximes, Rejeter...
&B COMTE d'eSSEX.
Il est vrai , j*ai commis de grandis crimes ; Et ce que sur les mers mon bras a fait pour vous Me rend digne en effet de tout votre courroux. Vous le savez, madame , et fEspagne confuse Justifie un vainqueur que TAngleterre accuse. Ce n'est pas pour vanter mes trop heureux exploits Qu'à réclat qu'ils ont fait j'ose joindre ma voix : Tout autre, pour sa reine employant son courage. En même occasion eût eu même avantage.
Mon bonheur a tout fait , je le crois : mais enfin Ce bonheur eût ailleurs assuré mon destin; Ailleurs, si l'imposture eût conspiré ma honte, On n'iiuroit pas souffert qu'on osât...